A l’automne dernier, les Annuals ont cru pendant quelques semaines pouvoir atteindre les sommets. On disait d’eux qu’ils étaient les rejetons miraculeux de quelques groupes foisonnants et aimés, on parlait d’Arcade Fire, d’Architecture in Helsinki, de Broken Social Scene. C’étaient quelques lignes dans Pitchfork, elles accompagnaient un morceau à première vue époustouflant.
Brother ouvre l’album ‘Be He Me’ avec un certain panache, une fraîche et belle impétuosité, une témérité qui les voit tout mettre dans le même sac, secouer et faire exploser assez d’idées pour un album : un petit arpège de guitare, une boucle de violons passée à l’endroit à l’envers, une multitude de bruits de fond, des briitizziziziz, des nappes synthétiques, des choeurs lointains à la Sigur Ros, puis un mur, un énorme mur de guitares, une rythmique martiale, des cris lointains, un chant volontaire, doublé, triplé, parfois hurlé loin du micro, un petit solo, des déflagrations, des percussions tribales, et paf… des gargouillis, la chanson avait commencé avec lenteur, elle se termine brutalement et a la vertu de déteindre sur l’immédiate suite de l’album qui de premier abord nous parait sympathique, heureusement épuisés que nous sommes par le raz de marée qui vient de nous prendre, mais qui ne tiendra pas plusieurs écoutes. Annuals a la sympathie de sa fougue, mais ce groupe est comme un étudiant trop sûr de lui, persuadé de la valeur de son érudition. Amusant à écouter la première fois, vite épuisant.
Surtout que quelques mois plus tard, un groupe autrement plus mûr reprendra la même recette pour son intro. Il s’appelle The Shins .

Sleeping Lessons , qui ouvre ‘Wincing the night away’, commence de la même façon, tout en douceur. Quelques sons étouffés, des pas au loin, quelques touches de piano synthétique, une voix posée, qui sait ménager ses silences, quelques cordes qui grincent, un choeur lointain pour appuyer, un bidouillage sur la voix, une guitare tenue discrète, le morceau prend corps lentement avant d’éclore à 2’18. Les guitares s’électrisent, la batterie s’impose, et James Mercer qui sussurait jusque là, se met à chanter : une chanson, une vraie s’est déployée, les Shins nous invitent là où les Annuals nous catapultaient.
Et plutôt que fermer le ban brutalement comme le faisaient ces derniers, les Shins tirent discrètement le rideau, produisant un effet inverse. Alors que certaines chansons des Annuals séduisaient, leur album épuise. Plusieurs chansons du dernier album des Shins me laissaient, écoutées séparément, assez indifférent. Lorsque, pour la première fois, j’écoutais l’album en entier, je les aimais toutes. Et je ne peux m’empêcher de penser que le fait d’y avoir été introduit avec panache certes, mais surtout avec classe n’y est pas pour rien.
Peut être faudra-t-il juste surveiller les Annuals dans deux-trois ans…





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