La Blogothèque

Sans Musique

Toi, pourtant, tu ne fus pas la première, non. Bien sûr, et comme tout le monde, en maternelle et en primaire, j’avais eu des amoureuses, parfois plusieurs, parfois plus. L’amour alors, c’était de la grisette, comme disait Brassens et l’on était pas tenu même d’apporter son cœur. Et puis, qu’est-ce que vous croyez, je suis un tombeur moi. Je tombe les filles. Je tombe, les filles, rattrapez-moi.

Ce dont je suis certain, c’est que tu fus la dernière sans bande-son. Notre histoire, comme c’est souvent le cas en 6e, n’en fut pas vraiment une. Tu étais drôle et très très belle, mais le classicisme de ta tenue n’attirait guère les autres garçons. Fort heureusement, je m’y connais en vrais diamants, moi, sachant qu’il ne fallait tout de même pas trop tenir rigueur à une fille de 12 ans d’être encore habillée par sa mère.

Comme nous étions de petits malins, nous eumes alors la bonne idée de nous inscrire à un atelier de la MJC voisine, ce qui nous garantissait quelques menus frissons, deux fois par semaine, loin des regards parentaux. Mais il fallait rentrer bien vite, t’en souviens-tu? L’année suivante, tu déménageas et je n’eus pas le courage de te rappeler bien que tu m’aies alors laissé ton numéro de téléphone. De ma banlieue, Paris semblait bien loin. Et puis, tu n’allais pas tarder à devenir grande. je revois encore à peu près ton visage, ta coupe de cheveux à la garçonne et ta silhouette d’alors. mais de musique point. C’est dommage. Red Sleeping Beauty de McCarthy t’irait tellement bien.

Mais je plaisante, je divague, je me perds. Comme vous tous, j’écoute de la très bonne musique depuis toujours. Né en 1970, j’exigeais naturellement, pour mon cinquième anniversaire, l’intégrale du Velvet et le coffret Légo Far West. Deux ans plus tard, je fuguais, pour aller voir les Modern Lovers à New York, avant de repasser par Manchester, alléché que j’étais par l’affiche “PISTOLS/BUZZCOCKS/SLAUGHTER AND THE DOGS ” que je ne pouvais naturellement rater du haut de mes 7 ans. Un binocleux fan d’Oscar Wilde m’invita alors chez lui pour me montrer ses fanzines consacrées à Shelley et Devoto et me parla longuement (en anglais, bien sûr : j’ai sept ans, je parle l’anglais couramment – achlon degleu deflon ) de Myra Hindley et des cauchemars qu’il en faisait encore.

(Je fais ici une parenthèse : Internet à tué l’honnête homme. Même le dernier crétin décérébré qui ne comprend pas de quoi on lui parle est renseigné en trois clics en tapant sur Google. Et ça se permet, par surcroit, de laisser des commentaires ? En 2006, avouer son ignorance est le dernier acte de bon goût).

Je rentrais chez moi, mes parents, définitivement has-been, me filaient une supertrempe et je filais dans ma chambre m’écouter tout Neil Young , tout Johnny Cash et tout Johnny Thunders . Vers 10 ans, l’équipe de R&F constatant que Patrick Eudeline commençait à devenir mou du stylo, me proposa de devenir son nègre, ce que je suis toujours aujourd’hui, tout en étant resté très pote avec le Moz et Léonard Cohen . Qui a écrit sa chanson Suzanne en hommage à ma fille. C’est vous dire.

J’arrête mes conneries deux minutes. En musique comme en tout, on a tous débuté. Chez moi, on écoutait Europe 1. Et… comment vous dire ? la programmation musicale laissait fortement à désirer. Pour ainsi dire, je crois n’avoir jamais eu le moindre intérêt pour la musique avant mon cinquième anniversaire, qui me fit demander, je ne sais encore trop pourquoi, Ramaya de l’inénarrable Afric Simone . Peut-être le fait qu’il soulevait une chaise avec ses dents ou pour le grand écart dont il nous gratifiait à chacune de ses interventions télévisées ? J’eus ensuite un goût assez prononcé pour Stevie Wonder (que ma mère passait son temps à appeler « Little Stevie Wonder », ce qui avait alors le don de m’agacer prodigieusement) puis mon entrée en sixième (je crois) fut marquée par le tube inoubliable des Musical Youth « Pass the Dutchie », dont le caractère amsterdamo-jamaïcatoire me passait assez largement au dessus des narines.

Tout ça pour vous dire que, globalement, j’avais quand même donné dans la musique noire, mais mollement, par suivisme, sans intérêt ; la musique ne me semblait alors qu’une aimable distraction pour les oreilles, guère plus.

Mais par la suite, Mélodie, tu m’en auras fait faire, des conneries.

Les commentaires suivant les articles de Joseph Gérard ayant conduit à des discussions vaines, sans trop de rapport avec le sujet, et à des dérapages de tous côtés, nous avons malheureusement décidé de les supprimer. Nos excuses à ceux qui avaient laissé des commentaires constructifs, et à tous nos lecteurs, tiens… Chryde