La Blogothèque

Deerhoof – L’interview

Le premier morceau de l’album s’appelle « The Perfect Me » et contient des paroles qui disent « Meet the Perfect Me ». Est-ce une manière d’accueillir l’auditeur ? Que pensez-vous de la perfection ?

Greg Saunier – Oui, c’est une chanson qui est écrite pour accueillir l’auditeur et même pour supplier l’auditeur. Ce titre s’adresse autant à un auditeur imaginaire qu’à la personne qui est vraiment en train d’écouter le disque. Bien sûr, nous cherchons la perfection musicale, mais pour nous elle ressemble plutôt à une somme d’accidents, de hasards et d’erreurs et nous sommes perfectionnistes là-dessus !

Qui écrit les paroles ? Vos textes ne cherchent pas à faire sens. Dans « Kidz are so small » par exemple, vos paroles sont presque comme parfois l’étaient celles du Velvet Undergound celles d’une comptine. Comment écrivez-vous ? Choisissez-vous les mots pour leurs sonorités ?

Nous sommes plusieurs à écrire les paroles et nous n’avons pas un seul système d’écriture. Chaque chanson raconte une histoire différente sur comment elle fut écrite. Nous ne savons pas comment sera notre prochain titre, exactement comme je ne sais de quoi je vais rêver cette nuit. Les mots ont plusieurs sens – ce sont des sons qui doivent suivre la mélodie, ils ont aussi un sens littéral, et un sens métaphorique. Nous n’aimons pas tout expliquer, chacun doit pouvoir dégager le sens qu’il veut et personne ne peut avoir tort.

Dans « Kidz are so small », la première phrase vient de David Shrigley, qui est notre designer. Satomi (la chanteuse) regardait Worried Noodles (une pochette de disque sur laquelle sont écrites des paroles mais qui ne contient pas de disque) et elle a trouvé cette phrase « If I were a man and you were a dog I’d throw a stick for you. » David a continué et a ajouté une variation sur ce thème, puis j’ai fait la mienne « If I were a dog and you a man I’d throw a fit for you. » (Si j’étais un chien et toi un homme, je piquerai une crise.)

Satomi a travaillé dans un jardin d’enfants à San Francisco où elle apprenait aux enfants à danser et chanter la « Potatochip », mais comme c’était difficile, les enfants n’y arrivaient pas et faisaient tout de travers. En fait, « Kidz are so small » est notre réponse à la « Potatochip ».

Votre chanteuse est asiatique, un des membres du groupe s’appelle John Dieterich, un nom qui sonne allemand et toi Greg Saunier, un nom qui sonne français. Alors d’où venez-vous et qui sont les Deerhoof ?

C’est un petit miracle que nous nous soyons rencontrés. Satomi vient de Tokyo et s’est installée à San Francisco en 1995 pour faire des études de cinéma. Elle avait des amis dans un groupe d’ici, Caroliner Rainbow. Elle n’avait jamais joué de musique avant d’entrer dans Deerhoof. John vient du Wisconsin. Il est gaucher mais joue avec la main droite. Petit, il jouait du métal et le premier concert qu’il a vu était celui de Dokken. Quant à moi, je viens du Maryland, à côté de Washington et j’ai étudié la musique classique à l’école.

Où trouvez-vous l’inspiration ? Vous avez déjà écrit 9 disques, c’est énorme ! Comment faites-vous pour être si prolifiques ?

Ah, allez, 9 disques ce n’est pas beaucoup ! Nous aimons faire de la musique, nous avons de la chance de pouvoir en faire. L’inspiration ce n’est pas difficile à trouver, mais enregistrer un album est un vrai challenge. Chacun d’entre nous regorge d’idées et d’inspirations. Ce qui me semble le plus compliqué dans l’inspiration c’est de reconnaître une bonne idée, de pouvoir se dire « tiens, voilà une bonne idée ».

La musique est-ce juste du fun ou a-t-elle un rôle social ?

C’est du fun mais elle a un rôle dans la société, ce rôle c’est d’être fun. La musique a joué tellement de rôles au cours du temps, suivant les cultures et les sociétés… On peut l’écouter au casque, danser dessus, la passer en soirée, dans des manifestations politiques, pour simplement fêter le nouvel an, pour réfléchir, la considérer comme un langage codé, elle peut servir à réunir les gens, avoir une fonction religieuse, pour l’expression personnelle, pour faire du sport… Notre musique combine tous ces éléments.

Comment garder la fraîcheur dans la musique ?

Nous n’y pensons pas. Si nous y pensions, cela voudrait dire que notre musique n’est plus très fraîche. Nous sommes tellement concentrés sur ce que nous faisons que nous n’avons pas le temps de nous poser la question. Nous suivons la musique, nous l’écoutons, elle nous dit quoi faire et elle est toujours fraîche par elle-même.

Merci pour tes questions et à bientôt, nous serons en France en avril.

Merci à Simon Guzylack du label Tomlab pour avoir coordonné l’interview.