Tes 18 ans tombaient tellement bien. Le soir même, ma chérie, le Wedding Present passait à Paris, alors, tu penses bien que je n’allais pas laisser passer cette occasion de prendre un train de banlieue avec toi et de me rendre à la capitale.
Ta mère, on la faisait rire, je crois, quand elle te voyait partir de la maison, sûre de toi et de tes hanches, avec ce jean’s que je te connaissais depuis la nuit des temps, déchiré juste ce qui fallait à la fesse gauche. Ta mère elle avait bien compris que sous nos dehors d’être des supers amis, on sortait ensemble. Sauf que ta mère, elle avait faux sur toute la ligne. Oh, c’était pas de mon fait, note, non vraiment pas, si cela n’avait tenu qu’à moi, on serait sortis ensemble dès la seconde. Mais voilà, je me figurais que tu voulais pas.

Ce n’est que des années plus tard, en relisant tes lettres, que je me rendis compte qu’une fois sur deux, il te fallait me l’écrire que tu m’aimais. Et même si je reconstruis, même si j’enjolive, j’ai aujourd’hui assez de bouteille pour dire que, dans le meilleur des cas, tu n’étais pas très claire, c’est le moins que l’on puisse dire.
Est-ce qu’on aurait pu faire des bébés tous les deux ? Je ne sais pas, on n’a pas même essayé, tiens. Aujourd’hui, je sais bien ce que j’aurais dû faire à l’époque, faire mine de tourner les talons, de m’en aller, te faire comprendre que ces petites histoires, ça ne me suffisait guère, que je voulais qu’on soit chéris, quoi ! Tu m’aurais rattrapé par la peau du cou, tu m’aurais dit que tu voulais pas qu’on se laisse comme ça. Et je crois bien que j’aurais détesté jubiler, mais c’est sûrement ce que j’aurais fait. Avec le recul, j’aime encore mieux avoir été bien bête. C’est pas ce que je voulais de nous.

Car le cœur est parfois bien plus faible que la chair et pour bien te l’avouer, j’aurais pas tellement supporté de te perdre de vue pour un mauvais râteau. Alors j’ai laissé tomber. Car à l’époque, je ne voyais guère d’autre moyen. Depuis j’ai appris et j’ai compris. Mais je sais surtout qu’au final, une belle histoire d’amitié c’est parfois aussi important qu’une histoire d’amour et que j’eus bien raison de faire mieux que m’en contenter.
Alors ce soir-là, nous avons taillé la route, main dans la main, vers le RER et Paris, l’Elysée Montmartre ; tu étais une de ces filles à cheveux mi-longs, une de ces brunes qui mettent un bandeau dans leurs cheveux, façon serre-tête, mais je te trouvais tellement belle, et tout, que ça m’était bien égal, car de toutes façons, le 501 t’allait à ravir, tu portais des docs et de chouettes t-shirts qui moulaient admirablement ta jolie poitrine d’adolescente qui veut jouer aux grandes.
J’adorais ton corps. On peut dire que j’avais eu l’occasion de le voir. J’adorais cette façon que tu avais de te tenir bien droite, si droite, cette manière souple et musclée que tu avais de danser quand on mettait les B-52′s ou les Buzzcocks à fond dans la soupente qui te servait de chambrette dans la maison familiale. Une belle carrure de nageuse. Moi, ça m’allait, tu sais ?

Et puis ces nuits passées chez toi, en t-shirts et culottes, parfois, à écouter, cet été-là, le premier album des Stone Roses , qui venait de sortir. Waterfall, Waterfall, Waterfall. Ca m’allait aussi, la tendresse. Ca me va toujours, d’ailleurs. Mais je suis sûr que t’y crois pas.
Pour la sortie de Bizzaro , je m’étais fendu d’une visite à la Danceteria , rue du Cardinal Lemoine, pour acheter le 45 tours de Kennedy . En b-side, il y avait une petite chanson épatante : Are You Being Unfaithful To Me? C’était à peine un message codé. Et tu l’étais depuis bien longtemps d’ailleurs, sans l’être pensais-tu, car il ne saurait être question de fidélité en amitié.
Mais justement, faithfulness is what friendship is about . Et 17 ans plus tard, au fond, en vrai, je me tiens encore auprès du téléphone, en espérant que la prochaine fois qu’il sonnera, ce sera ta voix dans le combiné, Chrystel.
Les commentaires suivant les articles de Joseph Gérard ayant conduit à des discussions vaines, sans trop de rapport avec le sujet, et à des dérapages de tous côtés, nous avons malheureusement décidé de les supprimer. Nos excuses à ceux qui avaient laissé des commentaires constructifs, et à tous nos lecteurs, tiens… Chryde





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