La Blogothèque

I see a darkness

En 1999, Will Oldham, âgé de 30 ans, décide de changer de nom et de devenir Bonnie ‘Prince’ Billy après avoir œuvré au sein de la galaxie Palace, après avoir publié un album sous son vrai patronyme. Les raisons de ce changement me sont inconnues. Tout ce que je sais, c’est que I see a darkness , le premier album de Bonnie ‘Prince’ Billy, est magnifique, le sommet de la carrière de son auteur. Enregistré avec David Pajo (aka Papa M), joué par son frère Paul et quelques amis (Bob Arellano, Colin Gagon, Peter Townsend), I see a darkness est un disque en état de grâce. Tout y est parfait : mélodies lumineuses et fragiles, voix habitée, poésie étrange et sauvage. Ce disque est intemporel, sonnant à la fois baroque et classique, minimaliste et foisonnant, ancien et moderne, sudiste et glacé. Oldham y chante ses peurs et ses obsessions dans une langue magnifique, faite de confidences intimes et de proverbes éternels.

Le côté obscur annoncé par le titre du disque et le dessin de crâne qui orne la pochette est bien présent : cet album est hanté par la mort. Cependant, si on écoute bien, Oldham ne cesse de chanter la joie et le plaisir de vivre :

“I like to have a good time / Any of my friends will tell you / But if you confront me with stupidity / I’m doubly angry at you” (Another day full of dread).

Il cherche la paix de l’âme (well i hope that someday buddy / we have peace in our lives) et tous ses titres, même les plus sombres, sont illuminés par ce désir de paix qui s’exprime dans les mélodies légères, les chœurs parfois sautillants, les arrangements de cuivres, l’aspect presque enfantin de certaines chansons.

Alors voici trois extraits de ce chef d’œuvre absolu : trois chansons qui se suivent : I see a darkness , qui a connu la consécration en étant reprise par Johnny Cash, Another day full of dread , comptine saisissante et Death to everyone , où tous les talents de ce disque sont à leur apogée : mélodies et paroles parfaites, guitares acérées, rythme lancinant. La chanson symbole d’un disque dévastateur par sa beauté terrible.