La Blogothèque

Les meilleurs albums snobs de 2006

Citer Charlotte Gainsbourg dans une sélection d’albums 2006, voilà le snobisme incarné. En sélectionnant cet album, c’est donner de l’importance à l’image — Gainsbourg-père, des arrangements en droite lignée — plutôt qu’au contenu — un album chiant. C’est ce que j’ai pensé en lisant le classement snob des albums 2006 que les auteurs du très drôle, cruel et ironique Dictionnaire des snobs du rock (dont nous parlions il y a plusieurs mois) ont accepté de réaliser pour la Blogothèque. Plus besoin de se farcir la liste complète des tops albums publiés de-ci de-là pour savoir parler de la musique qu’il faut avoir écouté cette année…

Dans le même esprit que leur dico rigolo — traduit depuis peu en français –, David Kamp et Steven Daly ont accepté de nous donner leur vision de la musique rock snob de cette année depuis les Etats-Unis, avec les arguments qui vont avec. Et c’est parfois très amusant.

FOR DAVID KAMP

1. The Raconteurs – Broken Boy Soldiers

Jack White and Brendan Benson pair up, just like Pete Townshend and Ronnie Lane did for « Rough Mix »! (How’s that for a Rock Snob reference?) Some songs, like Hands and Intimate Secretary , sound like Revolver -era Lennon. Caution to Snobs: This album is easy to listen to and has actual good tunes.

Jack White et Brendan Benson se réunissent, comme Pete Townshend et Ronnie Lad l’avaient fait pour « Rough Mix » (si ça, c’est pas une référence « snob rock »). Certaines chansons, comme Hands et Intimate Secretary, sonnent comme du Lennon période Revolver. Snobs, soyez prudent : cet album est facile à écouter et comporte même quelques bonnes chansons.

2. Judee Sill – Abracadabra: The Asylum Years

Snobs love beautiful losers –the artists too delicate and prescient to be appreciated in their time– and Judee is slowly, posthumously rising up in the ranks; she’s getting up there with Nick Drake. This reissue combines the two ornate, baroque albums she recorded in the early 1970s for David Geffen’s Asylum label, Judee Sill and Heart Food , before she slipped away into heroin abuse, prostitution, and early death.

Les snobs adorent les perdants magnifiques – ces artistes trop délicats et lucides pour avoir été appréciés à leur époque – et Judee Sill grimpe tranquillement jusqu’aux mêmes sommets que Nick Drake. Cette réédition combine Judee Sill et Heart Food, deux albums baroques, ornés, qu’elle avait enregistrés au début des années 70 pour le label Asylum de David Geffen, avant de sombrer dans la drogue, la prostitution et de mourir jeune.

3. Killer Mike – I Pledge Allegiance

Long-anticipated double-album follow-up to an auspicious debut (2003′s Monster ) by a portly, filthy-mouthed protege of OutKast’s Big Boi. (The album was released on Big Boi’s label, Purple Ribbon Records.) Standout tracks include Fuck U Pay Me and That’s Life , in which Mike disses Oprah Winfrey for having a «white audience». Endorsed as a top-five album of 2006 by no less an authority than Sasha Frere-Jones of The New Yorker magazine, reigning Rock Snob critic in America.

Ce double album est la suite attendue du premier disque prometteur (Monster, en 2003) de ce gras et grossier protégé de BigBoi d’Outkast (dont le label Purple Ribbon Records avait sorti le premier album). Les morceaux les plus remarquables ? Fuck U Pay Me et That’s Life, dans lequel Mike casse Oprah Winphrey en l’accusant de s’adresser à un « public de Blancs ». A été cité comme l’un cinq albums de l’année 2006 par Sasha Frere-Jones du New Yorker, la plus grande autorité américaine en matière de snobisme rock.

4. Scritti Politti – White Bread Black Beer

With this album, Green Gartside came full circle. He started out as a grubby indie-Marxist Snob cause celebre, turned into a major-label sellout with Princess Di hair, faded into being an ’80s-era afterthought, and has now been officially rehabilitated as… a grubby indie-Marxist Snob cause celebre.

Avec ce disque, Green Cartside termine un cycle : il avait commencé comme un dévoué malpropre de la cause snob indie-marxiste, s’est changé en artiste de major coiffé comme Lady Di, s’effaça des consciences jusqu’à n’être plus qu’une vague réminiscence des années 80, et se retrouve aujourd’hui réhabilité en tant que… dévoué malpropre de la cause snob indie-marxiste.

5. Neko Case – Fox Confessor Brings the Flood

You’ve got to have some sepiatone, brown-dirt Americana in your collection if you want to be a Snob nowadays, and this certainly fits the bill: arid, parched, strummy arrangements and song titles like Dirty Knife and A Widow’s Toast.

Aujourd’hui, si vous voulez être un snob, il vous faut avoir quelques disques poussiéreux et vieillis d’Americana. Celui-ci fera parfaitement l’affaire : aride, desséché, avec des arrangements onanistes et des titres de chansons comme Dirty Knife et A Widow’s Toast.

FOR STEVEN DALY

1. The Walkmen – Pussy Cats Starring the Walkmen

Audaciously pointless re-make of the 1974 Harry Nilsson album, which John Lennon produced for his buddy when they were resting between their legendary L.A. drinking binges; comes with needlessly ironic «making of» DVD.

Un remake aussi audacieux que futile de l’album de Harry Nilsson produit par son copain John Lennon alors qu’ils se reposaient de leur légendaires soirées d’ivresse à Los Angeles. Est vendu avec un DVD du making of, ironique en soit, cela va sans dire.

2. Charlotte Gainsbourg – 5:55

Top-drawer collaborators like Air, Jarvis Cocker and Nigel Goodrich furnished Mlle. Gainsbourg with a mood-music song-suite almost lush enough to make you forget her filo-thin voice. (Snob bonus points: not yet released in the US!)

Le haut du panier (Air, Jarvis Cocker, Nigel Godrich) offre à Mlle Gainsbourg une série de chansons lounge presque assez luxurieuse pour vous faire oublier sa voix maigrelette. (Bonus snob : le disque n’est pas encore sorti aux Etats-Unis).

3. Karen Dalton – In My Own Time

Long-awaited CD release of the second (and final) album by the prematurely dissolute Greenwich Village folk-blues legend; an essential addition to the «Beautiful Loser» category of any Snob collection.

La sortie tant attendue en CD du second album de la dissolue et trop-vite-partie légende folk-blues de Greenwich Village. Indispensable dans la catégorie « perdants magnifiques » de votre collection snob.

4. Midlake – The Trials of Van Occupanther

No true Snob could resist this slab of genuine faux-authentic Laurel Canyon rock, impeccably soft-served by everyone’s favorite Texas time-travelers.

Aucun snob véritable ne pourrait résister à ce naïf et faussement authentique rock californien, merveilleusement adouci par nos explorateurs du temps texans préférés.

5. Joanna Newsom – Ys

Newsom maximized her already-impressive Snob equity by collaborating with such Untouchables like Steve Albini, Van Dyke Parks, and Jim O’Rourke, while dialing down her vocal style from «unbearable» to merely «annoying».

Newsom avait déjà un capital snob impressionnant. Elle le fait encore grossir en collaborant avec une galerie d’intouchables (Steve Albini, Van Dyke Parks, et Jim O’Rourke) tout en réussissant à moduler sa voix, qui d’insupportable, devient seulement ennuyeuse.

Trad.: Chryde