La Blogothèque
Concerts à emporter
#29

First Nation & Bear in Heaven

Pour bien finir 2006, parlons de groupes qui compteront en 2007.

Cette semaine et les deux qui suivent, on va s’intéresser à des groupes qui feront en partie l’année prochaine, et espérons le, les suivantes aussi. Et aujourd’hui, deux jeunes groupes new-yorkais, un groupe de garçons et un groupe de filles, aux approches musicales assez similaires mais aux univers bien différents.

Bear in Heaven , je les ai rencontré sur myspace… Dans le flot continuel de groupes qui passent sur le joujou de la génération, peu ont accrochés mon oreille aussi rapidement que eux. C’était au début de l’été dernier, j’allais partir à New York, mon oreille est tombée sur leur son et je leur ai proposé rapidement de les filmer dans leur ville.

Bon, tout de suite, aller au delà de leur nom, tombé juste au mauvais moment – mais c’est quoi donc cette vogue animale? Après les Wolf en tout genre, voilà que les Bear se retrouvent lâchés un peu partout dans la nature – Panda Bear, Grizzly Bear, Edouard Baer… et donc cet ours au paradis.

Sur disque (ils cherchent un label pour sortir leur premier véritable album, un objet au son absolument singulier et envoûtant), les arrangements sont d’une ingéniosité magnifique, tandis que les perles folk se mêlent avec grâce aux sons échoïsés de partout. La comparaison avec les Grizzly sus-mentionnés est d’ailleurs assez intéressante, puisque là aussi il s’agit d’un one man band qui s’est étoffé au fil du temps: à l’origine projet solo du beau Jon Philpot (c’est lui qui chante dans la vidéo et il avait sorti un excellent ep chez Eastern Developments, le label de son pote Scott ‘Prefuse’ Herren en 2003) il s’est depuis fait plein d’autres amis qui ont largement complexifié ses mélodies, cassant les rythmes, ajoutant textures électroniques ici, plages ambients là.

Quand je les retrouve en ce début août en plein coeur de Manhattan, l’ambiance est au prime abord assez tendue. Jon se montre très souriant et charmant mais ses acolytes manquent de m’énerver sérieusement par une attitude très blasée à la mode du coin – on a même pas commencé que les mecs semblent déjà saoulés, et le fait de les faire jouer en acoustique (oui désolé les gars, on a pas encore sorti les machines et les speakers portables) me fait craindre le pire – et si leur musique ne ressemblait à rien d’intéressant nettoyée de sa production géniale et de ses éléments électroniques? Question cruciale que l’on s’est longtemps posée avec ce projet de musique de rue.

On commence malgré tout sur le toit d’un building du coin, ils commencent à se décoincer et à croire au film. Le morceau est pas mal, sans plus, adapté au tout dernier moment. On part ensuite rapidement en voiture pour se rapprocher de Union Square, j’ai une idée simple de mise en scène, ils jouent le jeu, ils jouent même du klaxon. Ca marche, étonnamment bien, le morceau s’envole. For Beauty , il se nomme, et la version donnée ici est vraiment partie très loin de la version album. On finit par se sourire les uns les autres, on est tout heureux, on a réussi. Ils sont les premiers surpris.

#29.1 – FOR BEAUTY

Réal : Vincent Moon

Tourné à Paris, 2006

Les First Nation quant à elles ont déjà sorti (trop discrètement) leur premier album au début de l’été dernier, sur le label Paw Tracks des Animal Collective. Un joli coup d’essai, pas parfait (il manque trois quatre morceaux) mais qui dégage des horizons vraiment uniques, entre avant pop et pygmée music. En partie pour cela qu’on les appelle les ‘petites soeurs’ du plus important groupe des 3 dernières années (qui donc ne pense pas que Animal Collective a changé la face de la musique actuelle?) – faut aussi avouer pour conclure la filiation que Abby, la petite soeur de Dave ‘Avey Tare’ Portner, vient de les rejoindre en remplacement de Melissa de Telepathe aux percussions. Mais ce sont les deux chanteuses Nina et Kate qui développent la majeure partie de la musique.

Elles viennent de terminer un concert en plein quartier de Dumbo en chelseafication avancé lorsque je les aborde, dans un cadre plus qu’étrange, un festival de rue organisé par une marque de bière, sorte de fête de la bouillabaisse locale, grand n’importe quoi (l’hotesse de l’évènement ira même jusqu’à interrompre le concert des filles en plein milieu d’un morceau pour annoncer les noms des gagnants du grand concours de…). Pourtant, voilà, sur la scène de concerts, devant une dizaine de spectateurs, il y avait notamment les First Nation et Scott Mou (moitié du projet Jane avec Noah Panda Bear) – New York, quelle classe…

Elles se montrent vite charmantes et ouvertes à l’idée de faire une vidéo, mais fatiguées par leur concert. Elles ne feront qu’un seul morceau, qui me laissera sur ma faim, qui les laissera un peu déçues. Mais ce morceau, c’est leur petit chef d’oeuvre Female Trance , ici désossé complet, à priori vraiment nu comme un idiot et pourtant si attachant – cette petite mélodie à la flûte tirant vers l’envoûtement…

Les First Nation étaient passées très rapidement en France à l’été dernier, pour une date unique au Midi Festival (la villa Noailles, mmm…), elles reviendront plus longuement au début de l’été prochain, notamment pour jouer dans le cadre de l’excellent festival Villette Sonique, notre mini All Tomorrow’s Parties à nous. Ne manquez pas les vraies expériences new-yorkaises, celles qui ouvrent la voie, loin de toute hype autour de l’articulation d’éléments sonores rabâchés. Il est bon de se sentir déboussolé et de perdre les mots…

#29.2 – FEMALE TRANCE

Réal : Vincent Moon

Tourné à Paris, 2006