La Blogothèque

Tuca I love you

C’était l’année dernière, j’avais écrit un billet sur Tuca , Nara Leão et Françoise Hardy . Tuca , Brésilienne exilée en France, avait prêté sa guitare et ses idées d’arrangements à deux disques sublimes enregistrés à quelques mois de distance à Paris, La Question de Françoise Hardy et Dez Anos Depois de Nara Leão , tous deux sortis au début des années 70. Je fantasmais sur une hypothétique rencontre entre Françoise et Nara puis le billet se terminait sur cette interrogation : Tuca où es tu ? La réponse n’a pas tardé, venant des commentaires successifs d’abord puis d’un message du neveu de Tuca laissé chez Loronix. Les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler.

Tuca est donc décédée en 1978 des suites de régimes draconiens, morte de s’être sentie trop grosse. De faim ? Une crise cardiaque consécutive à ses régimes selon la notule du dictionnaire de la mpb. En voyant à nouveau les pochettes du billet de l’année dernière, j’ai halluciné. Ces pochettes me mettent mal à l’aise. Qu’est-ce qu’elle fait là, Tuca, captée dans ces clichés de fille enveloppée et rigolarde, bonne vivante. Negro negrito , non mais. Rien à voir avec la Tuca que je connais.

On est au début des années 70 et Tuca sort donc quelques 45 tours aux pochettes hautes en couleurs aujourd’hui introuvables. Difficile de savoir quand Philips la lâche, ou plutôt la libère mais Dracula I love you , qu’elle enregistre en France au château d’Hérouville sortira finalement au Brésil sur le label Som Livre – l’antenne discographique de TV Globo – en 1974.

C’est un drôle de disque. Les arrangements et le son m’évoquent clairement La Question . Ils éclairent, s’il en était besoin, la part prise par Tuca dans la conception du disque de Françoise Hardy. Sa beauté tenait en partie dans cette rencontre entre masses chaudes et froides, le bouillonnement souterrain apporté par Tuca marié à la douceur de Françoise Hardy. Sur Dracula I love you plus aucune barrière ne retient la lave en fusion. Les coulées s’échappent, créent des formes bizarres et intrigantes.

Dracula I love you ne ressemble pas aux disques brésiliens que je connais, à part peut-être ceux enregistrés à Londres par Caetano Veloso. Ses emportements me paraissent osés, presque impudiques dans le contexte de cette musique que j’écoute tous les jours. Un peu comme si Tuca, loin d’un bain culturel nourrissant mais aussi, d’une certaine façon, castrateur, avait créé l’album d’une “personne” brésilienne, révélée – désinhibée – par son exil européen. Un disque passionnant et métis de mpb européenne.