La Blogothèque

Paco Volume, François Virot, CQFD, point.

Les compils CQFD des Inrocks suivent un cahier des charges bien précis, presque immuable. On y retrouve, d’année en année, les mêmes masques, les mêmes passages obligés, les mêmes figures imposées. Le hip-hop foutraque et je m’en foutiste qui semble avoir été créé pour l’occasion. Le rap sérieux qualité française. La chanteuse à la voix timide, le chanteur à texte, le n’importe-quoi électro, le groupe qui a bien appris ses Beach Boys, les grosses guitares, les pseudo originaux, les trop bons élèves… Chaque année, j’écoute, chaque année, je m’amuse à remplir mes petites cases, je garde un ou deux petits noms de côté, puis j’oublie.

Sauf que là. Là, cette année, le CQFD 2007. Il s’est passé quelque chose. Ça s’est passé dès le deuxième morceau, passé les sympathiques Love Bandits et leur délicieux son ‘garage des années 60′. Ça s’appelait Melody , Montgomery , et ça réusssissait quelque chose d’étrange, que même les Canadiens de Malajube ne réussissent qu’en chantant en yaourt : sortir la langue française de ses gonds, lui apprendre une autre tonalité, faire bouger les petits pieds de nos mots lourdauds dans une danse étrange et à moitié endormie. Rien que pour ça, on aimerait en écouter plus.

Mais ce n’est pas encore le sourire tout con, ni le doigt qui appuie sur ‘encore’. Pour ça, il faudra attendre le morceau 7, le Cookie Machine de PacoVolume . Le gars a déjà une qualité : il cite le rock et la Nouvelle-Zélande dans la même phrase, réveillant les souvenirs de Chris Knox et Alec Bathgate (idée de mp3blog ?) . Mais surtout, sa chanson Cookie Machine est parfaite de bout en bout : un phrasé entraînant, des paroles qui imaginent une nostalgie qu’il est trop jeune pour connaître, une basse qui arrive quand on l’attend, un refrain qui donne des ailes, des discrets petits accents alla Jarvis posés ça et là, une espèce d’agilité pop qui rend cette chanson légère comme une mousse, elle roule, se déroule, glisse et nous entraîne, le sourire aux lèvres. Je l’ai écoutée au moins dix fois aujourd’hui.

- Paco Volume – Cookie Machine

Je reste accroché par une descente en douceur, assurée par les Houston Blues and Rythm Boys et leur ritournelle acoustique mise sens dessus-dessous. Puis je m’ennuie un peu, et je me reprend une claque.

Elle a été mise à la fin. C’est François Virot . C’est le nom le plus banal de la compil, c’est la photo la moins travaillée, c’est un ouragan qui vient claquer la porte de cette compilation, un tourbillon qui vient arracher tout ce que l’on avait entendu avant. François, c’est Animal Collective dans un seul garçon, c’est le remède à l’ennuyeux Feels , c’est un avant bras qui saigne sur sa guitare, une voix qui s’enivre d’elle-même, un garçon qui prend de grandes inspirations et hurle à la lune, un écorché magnifique et vigoureux, un gars vivant. Et sans doute l’un des plus sincères qui soit passé dans cette compil. Magnifique.

- François Virot -> My head is blank

Paco Volume, François Virot, on va en reparler. Je les écoute encore.