Rappelez-vous, c’était en France au milieu des années 80, la télé entrait dans l’âge moderne : on importait Dallas , la fameuse série américaine. L’or noir, les chapeaux, le whisky à l’apéro, Larry Hagman à Champs Elysées invité en même temps que sa voix française, Bobby, sans ses pieds palmés, Jock, Pamela, Sue Ellen : le progrès quoi. C’est dans la foulée qu’ont débarqué les telenovelas, des feuilletons-sagas d’un genre similaire mais produits au Brésil où ils hypnotisaient la population à coups de rebondissements créés en studio, sur des trames millénaires de trahison, pauvreté, amour, gloire et beauté. On apprenait que le Brésil vivait sous la coupe de TV Globo, principale instigatrice de ces séries, une chaîne de télé si puissante qu’elle en était même capable de faire élire un président (cf l’affaire Fernando Collor). Alors oui mais c’était le Brésil, des gens un peu fantasques, un fort taux d’analphabétisme, tout ça ne pouvait pas arriver en France.
Cette chronologie des événements – Dallas puis les telenovelas – me donna l’impression à l’époque d’un filon exploité grossièrement par les chaînes, avec des séries cheap achetées à bas prix. Je n’étais sans doute pas loin de la vérité au vue de la manière dont ces séries étaient traitées, déboulant sur nos écrans hors de tout contexte dans des doublages bâclés sans disposer des meilleurs créneaux horaires – réservés aux grands frères américains. En quelques années de ce régime les telenovelas disparurent quasiment, ne subsistant qu’à la périphérie du PAF, sur les chaînes captées par satellites.
Je n’ai réalisé ma méprise que récemment. En matière de télévision, les Brésiliens avaient des années d’avance, quand je les croyais à la traîne des Américains. Le succès des telenovelas peut-être vu par certaines personnes comme l’aboutissement d’une décérébration généralisée, et le sujet évacué d’un revers de main, mais la réalité est plus complexe et le succès de ce genre, qui touche toutes les catégories sociales au Brésil et dans le monde entier repose également sur un ancrage dans la réalité d’une société brésilienne très inégalitaire. Je m’arrête là. Ne connaissant quasiment rien au genre et à sa résonance dans la société brésilienne, je ne peux que vous orienter vers deux-> http://kaipiroskinha.hautetfort.com/archive/2006/06/15/telenovela.html] très clairs [articles en français. Pour ma part c’est en m’intéressant à la carrière de Marcos Valle que j’en suis venu à écouter quelques bandes-son de telenovelas. Et là c’est bon.
Car côté musique comme pour le reste, TV Globo ne laissait rien au hasard et mettait le paquet en convoquant pour ses BO des artistes de premier plan, à la composition comme aux arrangements. Des gens aussi doués que Marcos Valle donc, ou Arthur Verocai, Dori Caymmi, Roberto Menescal étaient chargés de pourvoir en compositions des artistes sous contrat avec Som Livre, le label de TV Globo, ou bien de jeunes pousses comme Tim Maia à ses débuts ou Joyce. Elles pouvaient côtoyer de vieux briscards rescapés de la première vague de la Bossa Nova comme Sergio Ricardo ou Carlos Lyra, pour ne citer que deux exemples constatés. Une illustration de la puissance de TV Globo mais aussi de la popularité de ces feuilletons. Tous ces artistes auraient pu être en pilotage automatique : il n’en est rien. Tout juste s’adaptaient-ils aux contingences d’une musique destinée à séduire le grand public, en limitant les bizarreries à base de larsen. Pop groovy, ballades langoureuses, il y en avait pour tous les goûts. Voici quelques exemples de ce qu’on pouvait écouter au début des années 70 sur TV Globo.
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Cette telenovela, quelque chose comme « mon doux amoureux » – Patricia et Renato s’aiment au premier regard mais Renato a une fiancée – réunit sur sa bande originale un compositeur de la première vague de la bossa nova, Roberto Menescal et la relève, Dori Caymmi, tous les deux également aux arrangements. Cette BO franchement réussie aurait mérité un post à part entière – on y retrouve une charmante composition de Arthur Verocai , Tia Miquita , l’excitant Sex-appeal qui rentre dans la tête et n’en sort plus et la version de Você abusou (Fais comme l’oiseau en français) chantée par Maria Creuza considérée par beaucoup comme la version originale, un magnifique Casa Branca par Jorge Nery. Mais mon choix s’est immédiatement porté sur le thème de la série, Minha doce namorada dans sa version orchestrale, une composition de Dori Caymmi, une petite merveille dont les climats en demi-teinte bossa novesques et orchestraux m’évoquent le Brian Wilson cool de Friends ou, c’est encore plus flagrant, les High Llamas de Hawaï . Tout ce que j’aime.
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O Cafona raconte le déchirement d’un homme simple qui devient riche, parvenu mal à l’aise dans son nouveau milieu d’argent. Passerelle entre ces deux mondes il y a la secrétaire, Shirley Sexy secrètement amoureuse de son patron. Pour les amateurs de Marcos Valle O Cafona est également un titre de son album Garra , le chef-d’œuvre bossa-pop-funk-orchestral du Brésil. Or il est ici dans une version inédite. Mais pour vous ce sera Manequim . Je sais, c’est sans doute la honte, mais cette chanson est un vrai plaisir (coupable). Antonio Adolfo , le compositeur, est un musicien au savoir-faire évident (pensez à Bacharach), un habitué des acrobaties à base de notes (écoutez ce qu’il fait avec son groupe Brazuca). Il a truffé cette délicieuse bluette interprétée par Marilia Barbosa de petits pièges que je suis peut-être malheureusement le seul à entendre.
Selva de pedra
Cristiano, marié à Simone vient habiter avec sa femme à « Selva de pedra ». Cristiano rencontre Fernanda qui possède des parts dans un chantier naval. Il fomente alors le projet de tuer sa femme, par ailleurs plasticienne. Elle a un accident de voiture mais en réchappe. Elle refait surface, sous les traits de sa sœur décédée, dans la vie de Cristiano.
Selva de pedra est une BO entièrement composée par Marcos Valle , à l’exception de deux titres en fin de chaque face et c’est un petit bijou. Elle est calée dans ses meilleures années, 1972, sous influence bossa-funk et sunshine pop et transpire comme d’habitude la facilité mélodique. Un vrai plaisir à écouter d’un bout à l’autre, hormis deux titres un peu sirupeux. J’ai déjà passé le déjanté O Beato mais c’était il y a maintenant plus d’un an et demi. Alors hop, une piqûre de rappel. Hippie, hippie, hourra.





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