La Blogothèque

Eagle Seagull

J’étais passé totalement à côté de leur disque jusqu’à présent, c’est-à-dire il y a une semaine, date à laquelle une petite pancarte « coup de cœur » placée devant le disque dans les rayons de la fnac montparnasse m’a attiré l’œil. Je regarde le disque et je constate la présence d’un sticker « la nouvelle sensation underground U.S. ». Bon, une de plus, me dis-je. Je retourne néanmoins le disque et là c’est plus surprenant puisque cette nouvelle merveille annoncée est signée sur un label allemand, lado (abréviation de l’âge d’or). Or il se trouve que ce label hambourgeois est l’hôte d’un mes groupes préférés, Tocotronic . Du rock américain sur lado? Fichtre, je veux en avoir le cœur net, j’achète.

J’ai donc acheté et bien m’en a pris. Eagle Seagull , puisque tel est leur ornithologique patronyme, viennent de Lincoln dans le Nebraska, sont au nombre de six, ont des tronches assez bizarres et savent écrire des chansons. Du moins le songwriter en chef, Eli Mardock. Sensationnelles, ces chansons ? Dans leur genre oui. Et pourtant c’est assez casse gueule, parce qu’on en a pas mal soupé de ce genre, ces derniers temps : Arcade Fire, ça vous dit quelque chose ? Si on ajoute une voix entre Matt Berninger et Robert Smith, vous situez l’ampleur des dégâts possibles… Et pourtant non, au contraire. Il y a bien un côté épique archi-balisé dans ce premier album, mais la dynamique des morceaux est réelle, la puissance émotionnelle de la voix de Mardock n’est pas affectée. Tout sonne vrai, pas millimétré. Le disque est ouvert, entre mélancolie et grands espaces, comme un rêve new yorkais ou berlinois fantasmé par des campagnards vivant dans des contrées où les champs font des milliers d’hectares.

Retravaillé par Chris Von Rautenkranz, l’homme qui façonne les albums des meilleurs groupes allemands, le son d’Eagle Seagull est propre, mais pas aseptisé, et la liberté des compositions tord le cou à tout formatage. Jamais, non plus, le groupe ne cède à la facilité de digressions pénibles ; les chansons sont longues mais elles sont tenues par la bride d’une composition parfaitement maîtrisée. Le groupe sait où il va, et il peut d’autant mieux tout donner qu’il ne fait pas n’importe quoi. Résultat quand j’écoute cette musique j’ai envie de m’acheter une Ford Mustang vintage et de rouler longtemps sans but précis, seulement profiter de l’air et des constellations. Et la vie est plus belle, finalement.

Comme quoi les disquaires de la fnac font parfois bien leur boulot.