Sur la pochette de Film
, le premier – et unique à ce jour – album de The Blasco Ballroom , un dandy jarmuschien, attifé comme une négresse verte, fume une clope. Les cernes sous ses yeux laissent deviner la gueule de bois, les ongles longs entretenus signalent le guitariste sourcilleux, le flou de la photo et l’artwork chiche fleurent bon le « fait à la maison ».
Printemps 2001. On ne sait pas depuis combien de temps Frédéric Blasco a troqué le Ménilmuche de son enfance contre Brooklyn. Assez longtemps, en tout cas, pour se faire de précieux amis: sur la scène de son p’tit bal perdu, se croisent trois membres de Sparklehorse (Michael Hearst, Scott Fitzsimmons, Paul Watson), et un batteur de Cracker (Johnny Hott). L’enregistrement ayant eu lieu à Richmond en Virginie, difficile de ne pas sentir l’ombre de Mark Linkous au-dessus de ces complaintes abîmées. Tout y est : banjos borgnes, trompettes asthmatiques, orgues à bout de souffle, glockenspiel tintinnabulants. Le timbre est grave et fatigué, les références avouées: Tindersticks , Calexico …
Ce samedi soir, les rares danseurs qui ont osé pousser la porte du Blasco Ballroom sont au trente-sixième sous-sol. Une batterie rachitique donne la cadence, le chanteur ressasse ses histoires foireuses et un violon lancinant dissuade quiconque de poser un pied sur le parquet défoncé. Puis elle arrive, se fraye un passage à travers les gravats. Lauren Hoffman entre en scène, sa voix réchauffe celle de Blasco et c’est bien: deux amoureux qui ne regardent rien autour d’eux…
Cinq ans depuis ces dix merveilles, et rien. Aucune nouvelle de Blasco. Dernièrement, je lui ai trouvé une correspondante londonienne: Charlotte, du Volume Courbe , une autre Française exilée avec guest-list de luxe. Mais comme c’est mon premier billet sur la blogo, et comme Chryde veille au grain, j’ai fait du zèle. Fin limier -pas très difficile à l’ère de My Space- j’ai retrouvé la trace du bonhomme. Désormais, c’est Frédéric Alexandre Blasco. On apprend sur cette page qu’il est parti en tournée avec Interpol en 2004 et 2005. Ensuite, il a fait une très grosse sieste. Aujourd’hui, il se remet doucement au boulot. Ces nouveaux morceaux sobrement intitulés Démo 2, Démo 3 sont des work-in-progress. L’expérience Interpol a laissé des traces: à la place du banjo, des grosses guitares; à la place du violon, des claviers eighties. Fermé, le Ballroom. Aujourd’hui, Blasco lorgnerait plutôt du côté du stade…





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