La Blogothèque

Marissa Nadler

J’ai toujours été très sensible aux mélodies et donc à son vecteur principal, la voix. A tel point que j’ai fini par en induire la règle suivante : Il suffit à un artiste d’avoir un timbre de voix intéressant pour qu’il me plaise[[Les fanas de logique pourraient écrire cette relation sous la forme : voix intéressante ---> artiste intéressant. Ils noteront également avec intérêt que la relation de causalité inversée (artiste intéressant ---> voix intéressante) et son corrolaire immédiat (voix pas intéressante ---> artiste pas intéressant) est également très souvent vérifiée, mais pas toujours, comme le démontre par exemple l'album récent de Mates of State qui, bien que chanté avec les pieds, est un petit bijou.]]. Les exemples abondent : Neil Tennant, Lisa Gerrard (Dead Can Dance), Patrick Wolf, Liz Fraser (Cocteau Twins), Scott Walker, Dinah Washington, Mark Kozelek (Red House Painters), Paula Frazer (Tarnation), Stuart A. Staples (Tindersticks), Johnny Cash, Jane Birkin, Stuart Murdoch (Belle and Sebastian), Marc Almond, Micah P. Hinson, Dawm McCarthy (Faun Fables), Will Oldham[[Ces deux derniers étant d'ailleurs réunis sur The Letting Go , le bel album de Bonnie 'prince' Billy .]]… La liste de ces artistes dont la musique me plaît en grande partie à cause du timbre de leur voix est sans fin.

Le dernier nom à être venu s’ajouter à cette liste est Marissa Nadler , une chanteuse américaine dont j’ai découvert l’existence il y a quelques semaines. L’entendre chanter Old Love Haunts Me In The Morning m’a laissé sidéré, dans un état d’hébétude proche de celui qui avait suivi ma première écoute de Lisa Gerrard ou de Paula Frazer, pour prendre des points de compraison proches). La voix de la chanteuse de Dead Can Dance a souvent été décrite comme le résultat d’une « possession » : une prêtresse animiste du Moyen-Age aurait envahi, on ne sait trop comment ou pourquoi, le corps d’une jeune punkette gothique australienne, qui s’est vite retrouvé dépassée par cette présence qu’elle ne parvenait pas à contrôler[Un auteur de science-fiction français (Jean-Marc Ligny) a même écrit tout un roman sur ce thème ([La mort peut danser , Ed. Denoël).]]. La voix de Paula Frazer semble a priori moins ‘surnaturelle’ mais quiconque l’a vue en concert conviendra volontiers que le contraste entre cette voix de gorge à la fois éraillée et aérienne et ce petit bout de femme qui ressemble à une prof de maths sans histoires est troublant. Dans ces deux cas, les voix semblent bizarrement excéder le corps qui leur donne naissance (on pourrait dire la même chose de Scott Walker par exemple). L’avenir me dira si la voix de Marissa Nadler me pousuivra aussi longtemps que celles des deux autres mais pour l’instant, je me retrouve à réécouter très régulièrement son album The Saga of the Mayflower May .

On pourrait en fait sans doute décrire Marissa Nadler comme une sorte de pendant rural et lumineux à Paula Frazer, la country sombre et électrique de Tarnation laissant ici à un accompagnement plus typiquement folk : guitares acoustiques, orgue Hammond, piano, ukulélé,…. Les textes sont plus directs, plus simples, plus fleur-bleue, pourrait-on presque dire. Ici, pas de fêlures dans la voix faisant déboucher les mélodies faussement simples sur des gouffres sans fond, juste des mélodies à la simplicité à peine teintée de mélancolie, des chants à fredonner en gambadant dans les herbes folles les jours de bonheur complet. Nous avons tous besoin d’un tel disque.