La Blogothèque

Les plaisirs coupables de la Blogothèque

30. Les Parisiennes : Les Parisiennes et Claude Bolling (1966). Quarante ans avant les Pipettes, les Parisiennes, poupées de son dont Claude Bolling tirait les ficelles, braillent à tout va et incarnent l’insouciance des années pop avec une pointe d’autodérision (« L’argent ne fait pas le bonheur / Celui qui a dit ça / Est un sacré menteur… »). Les arrangements font balloche, les danses préconisées sont indiquées juste après les morceaux sur la pochette (mexican shuffle, typical shake, fox-dixieland…) et en y regardant de près, on remarque que Pierre Perret a signé certains textes. Peu importe : leur mascara et leurs robes Courrège l’emportent. Nos Marvelettes à nous ? Ph.Du.

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29. Sacha Distel : Sacha Distel (1969). Avant de provoquer l’arrêt de « Chateauvallon » en mettant Chantal Nobel hors-jeu pour un moment, Sacha Distel était déjà profondément redevable : il a joué, à la fin des années 60, le rôle de passeur entre les Etats-Unis et la France en matière de variétés haut-de-gamme. Pas moins de 11 reprises sur ce LP de 1969, et pas des moindres : quatre signées Bacharach/David (dont l’immortel « Toute la pluie tombe sur moi », classé 34 semaines au hit-parade anglais), une Jimmy Webb (« Tu N’Crois Pas Dis »), une Stevie Wonder (« Ma Cherie Amour »)… orchestrées par Mike Vickers (Manfred Mann). La seule chose à jeter est par contre la pochette pseudo-psyché totalement hors de propos. Ph.Du.

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28. The Torero Band : Lennon & McCartney Tijuana Style (1969). L’anecdote est peu connue. Invités à Los Angeles à l’occasion d’un séminaire de Capitol Records, les Beatles finissent la soirée chez Herp Albert. Ce dernier, qui aimerait les compter au catalogue de son label A&M, leur a préparé une surprise : il a réorchestré les plus grands succès des Fab Four à la façon des orchestres de rue du Mexique. Malheureusement la plaisanterie n’est pas au goût des garçons dans le vent qui, à l’époque, sont en plein trip Maharashi. Ils quittent la soirée brusquement, non sans avoir tenté d’embarquer Claudine Longet avec eux. L’enregistrement de la soirée finira par être commercialisé par un label spécialisé dans les séries économiques sous un pseudonyme qui n’abuse personne. Ph.Du.

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27. Joe Dassin : Joe Dassin (1970). A tous les ages, il y a de quoi s’émerveiller en écoutant les disques de Joe Dassin. Comme celui-ci, qui cache bien son jeu. Il y a les tubes (« L’Amérique », « La Fleur aux dents », « L’Equipe à Jojo »…) mais aussi, en regardant de près, quelques surprises, comme « Un Garçon nommé Suzy », qui n’est autre que l’adaptation très fidèle du « A Boy Named Sue » de Johnny Cash, sans parler du « Grand Parking » emprunté à Joni Mitchell… Que du bonheur : pour la peine, on ferme les yeux sur les deux titres de Neil Diamond, qui était sans doute son plaisir coupable à lui… Ph.Du.

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26. Elton John (1970). Cet album, qui par ailleurs a bien vieilli, est resté dans les annales car il contient le classique “Your Song”. Quoiqu’on pense de la carrière d’Elton John, et on pourrait en penser long, ce morceau est un exemple de songwriting. L’écriture de Bernie Taupin est somptueuse et dans le genre sirupeux, les cordes en font beaucoup plus que la voix de l’interprète. “Your Song” est un classique au même titre que “Sound of Silence”, “Mellow Yellow” ou “Jealous guy”. Si, si. Billy Paul ne s’y est pas trompé en redonnant une seconde carrière à ce morceau quelques années plus tard. Ro.

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25. Vangelis : L’Apocalypse des animaux (1973). Avant d’accéder à une reconnaissance mondiale grâce à la BO des « Chariots de Feu », Vangelis – qui signait encore de son état civil complet Vangelis Papathanassiou (je pense toujours à lui quand je remplis de la paperasse administrative) a accompagné un bon nombre de documentaires animaliers de Frédéric Rossif. Sur celui-ci, deux faces bien distinctes : autant la première vire un peu Francis Lai pleurnichard par moments (« La petite fille de la mer »), autant le seconde, plus expérimentale, propose des visions crépusculaires proches de celles de Boards of Canada. Ph.Du.

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24. Mike Oldfield : Tubular Bells (1973), Hergest Ridge (1974) et Ommadawn (1975). Le thème de « L’Exorciste », vous saisissez ? Cette succession de mesure en 7/8 et 9/8 hyper complexe ? Ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’oeuvre interminable de Mike Oldfield, grand faiseur de symphonies rock à côté duquel Pink Floyd s’est toujours complu dans le format 3’30. Aussi mégalo que fût et restât Mike Oldfield, l’homme pour qui Richard Branson a fondé l’empire Virgin était un musicien hyper doué, auteur, ça et là, d’instants musicaux absolument bluffants. Jusqu’au virage des années 80, qui en a tué plus d’un. Ro.

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23. Paul Williams: Phantom of the paradise (1974).

Les bandes originales composées spécifiquement pour un film sont généralement plutôt chiantes. Une fois privés de cette colonne vertébrale visuelle, tous les artifices qu’elles déploient pour soutenir les images se révèlent très vite lassants. Pourtant au milieu des années 1970, la vogue des opéras rock a donné naissance à quelques perles hybrides, ni tout à fait albums rock, ni tout à fait bandes originales. La BO du « Phantom of the paradise » de De Palma reste dans ce domaine une sorte de référence absolue. En dix chansons et 36 minutes, Paul Williams fait le tour de quinze années de culture musicale (60-75). En piochant dans la pop des Beatles, le surf rock des Beach Boys, le hard rock à la Meat Loaf comme le folk, il nous fait cadeau d’un album qui réussit l’improbable pari de s’émanciper de son support d’origine pour devenir une œuvre tout à fait respectable dont les mélodies ne cessent de vous hanter années après années. L.K.

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22. Taï Phong : Taï Phong (1974), Windows (1976), Last Flight (1979). Avant de devenir un rentier assez puissant pour taper sur Libé sans risquer sa carrière, Jean-Jacques Goldman faisant du rock, du vrai, avec d’autres jeunes aussi rebelles que lui, des pantalons pattes d’eph et des cheveux encore plus longs que sur la pochette d’ « Envole moi ». C’était Taï Phong, en plein cœur des années 70. Ce groupe multi-ethnique faisait un rock progressif typique de l’époque, truffé de solos héroïques, mais honorable à bien des égards. Pas encore trentenaire, Goldman pétait les formats (7, 8, 9 minutes), utilisait une palette d’instruments impressionnante, les mêmes accords compliqués que les Beach Boys, et la langue de Dylan. Pour qui n’est pas allergique à King Crimson, ça tient toujours la route. Ro.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=3JoO8XYyvo4)
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21. Robert Charlebois : Longue distance (1976). Depuis des décennies, des pays se débarrassent scandaleusement de leurs déchets industriels dans d’autres contrées moins regardantes. Canadiens ça suffit, la France n’est pas une poubelle ! Reprenez dans l’instant Céline Dion, Garou, Isabelle Boulay, Diane Tell, Fabienne Thibeault… Par contre, on veut bien garder Charlebois. Les chansons de Charlebois lui ressemblent. Elles ont le regard tendre, les cheveux fous, et des traits grossiers. Elles ne sont pas parfaites, pas particulièrement belles non plus, mais elles sont romantiques, tendres, attachantes et elles vieillissent bien, comme le bon vin. Ecouter « Longue distance », c’est se retrouver par magie en train de regarder les grandes étendues enneigées du Canada par la fenêtre d’une cabane dans laquelle règne la douce chaleur d’un feu de bois. L.K.

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20. Johnny Hallyday : Hamlet (1976). S’il ne vous faut posséder qu’un seul disque de Johnny, c’est bien celui ci, ne serait-ce que pour « Je suis fou comme une tomate/Je ne tiens pas sur mes pattes », « Les fossoyeurs jouent au bowling/Têtes de turcs, têtes de kings », « Arrêtez de tordre vos seins/Je ne crois pas à vos chagrins » ou « D’après les mains, ils sont bien douze/A s’emmeler en sarabande/Ces apôtres de la partouze/Si pleins, si saouls qu’aucun ne bande ». Certainement son album le moins connu. Certainement aussi le plus apprécié parmi les connaisseurs en matière de plaisir coupable : même l’album « Vie », (avec « Poème sur la 7ème » et « Jésus-Christ est un hippie », deux des plus beaux textes de Philippe Labro), ne lui parvient pas à la cheville. Ph.Du.

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19. Détester les Stones. En fait, c’est pire que ça. Ce n’est pas que je déteste les Stones, c’est que je m’en fous. Complètement. Résolument. Avec ferveur. Et que j’assume, maintenant. Je n’ai jamais eu que de la pitié pour ces gens. Pour Mick Jagger, tout d’abord, avec sa bouche lippue et ses mimiques ridicules, sa démarche d’orang-outan sur scène, lui qui s’imagine faire « chaloupé » et qui, dans le meilleur des cas, semble avoir la grâce de King Louis dans « le Livre de la Jungle ». Keith Richards ensuite, le prototype du guitare héros ridicule, clope au bec, avec son putain de gros son, et ouais, mec. Toujours mieux que le prototype du guitar-héros qui s’emmerde (tenu haut la main par Clapton), mais tout de même. Le reste du groupe étant aussi terne que vitreux, on me permettra de glisser là-dessus. Que des gens trouvent « Alabama Song » des Doors vraiment trop pouet-pouet, mais en pincent pour « Brown Sugar », voila qui me dépasse. Jo.Ge.

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18. The Runaways : Waitin’ For The Night (1977) et Queens of Noise (1977). Kim Fowley ne s’était pas trompé en les produisant, même s’il était loin de se douter que c’est en solo que ces adolescentes déjà formatées (« Born to Be Bad », tout un programme) connaîtraient le succès, notamment une certaine Joan Jett. Avant, les Runaways produisaient une sorte de rock faussement décadent (mais pas trop quand même : c’est une publication Phonogram) avec des riffs à la AC/DC mais des dégaines à la Cheryl Ladd. Elles ont posé les fondations sur lesquelles, vingt ans après, les Donnas allaient bâtir leur carrière. Avec de bien meilleurs coupes de cheveux il faut dire. Ph.Du.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=-CkLpea5jgE)

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17. Space : Just Blue (1978). Vingt ans avant Daft Punk, Didier Marouani et Roland Romanelli, deux français visionnaires, projettent le disco dans le futur et créent une symphonie synthétique et naïve en sept actes, parfois soutenue par la voix de Madeline Bell, la Gloria Gaynor du pauvre. La pochette, dessinée à l’aérographe, fait penser à une couverture de Metal Hurlant : un vaisseau spatial fend les flots à la vitesse de l’éclair. Malheureusement le groupe, qui continue à donner des concerts en ex-URSS où il aurait vendu plus de 12 millions de disques (selon le site officiel), n’a jamais été réhabilité à l’égal de Giorgio Moroder, son concurrent le plus direct. Ph.Du.

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16. Iron Maiden – Iron Maiden (1980) Vous en trouverez beaucoup pour vous dire que les deux premiers albums d’Iron Maiden valent la peine d’être écoutés en raison du chanteur de l’époque, Paul di Anno, bien moins caricatural que Bruce Dickinson et sa voix de fausset hurlant. Ne les croyez pas : ils n’ont trouvé là qu’une excuse pour continuer à aimer Iron Maiden malgré l’opprobe générale. Car, certes, Di Anno est un chanteur un peu plus ‘normal’ que l’hydre Dickinson, mais derrière ce débat superflu, on trouve déjà tout ce qui fera Iron Maiden dans les années qui suivent, toutes les balises pour le heavy metal britannique des années 80 : les solos en fugues, les guitare jouant en doublon (très important ça), les syncopes ryhtmiques, les instrumentaux interminables… Avec Killer, l’album suivant, Iron Maiden tentera de paraître un peu moins ‘heavy’. Las… La voie était déjà tracée. Chr.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=–yAD-xW7C4)

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15. D. Train : You’re the One For Me (1982). La basse est synthétique, la batterie est synthétique, les claquements de main sont synthétiques, même la voix paraît synthétique.You’re the one for me ouvre l’album fantastique du même nom. La voix chaleureuse et survitaminée de James ‘D Train’ Williams apporte un soupçon d’âme à ces tunes catchy, dans un style que certains appellent boogie, d’autres funk-des-années-80. Des lignes de basses découpées au laser rebondissent de claquements de main en claquements de main, des synthés font des zigouigoui dans tous les coins et avec tout ça “Walk on by” sonne toujours aussi bien (Mine de rien, mon premier souvenir conscient d’une chanson de Bacharach). Les ballades sont sentimentales, les morceaux dance enlevés (ah, ce gimmick filant de “Keep on” !) – il y a même un rap – et le disque repart comme il est arrivé, sur un rappel de “You’re the one for me”. Un pur plaisir. Ja.Pa.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=WGL6KCEZRNI)

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14. Minipops : We Are Minipops (1982) et Carnaval (1982). Souvenez-vous : il y a quelques années, un publicitaire cartonnait en faisant réenregister « We Will Rock You » par des enfants. Le concept était en fait pompé sur celui des Minipops, chorale ayant saccagé le meilleur (ou le pire, selon votre goût) des années 80 de leurs voix non muées : Joan Jett, Human League, Police, Kim Wilde, Kim Carnes, The Buggles, Madness… Comme une mise à jour du Langley Schools Music Project, l’émotion en moins, le fou-rire en plus. Impossible de résister au medley Blondie ou à « Ebony and Ivory ». Ph.Du.

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13. Michael Jackson : Thriller (1982), Bad (1987) et Dangerous (1991). Depuis le jour où Björk, alors au sommet de sa gloire, déclara sur un plateau de Canal+ que Michael Jackson était son artiste préféré, il n’y a plus aucune honte à présenter le détenteur des droits d’édition des chansons des Beatles comme la pierre angulaire de la musique pop du XXème siècle. Si “Off the wall” est déjà reconnu comme un classique par la bien-pensance, ce n’est qu’un début : Jackson est une sorte de Gainsbourg anglo-saxon, un type pas clair mais qui manie aussi bien la world (« Wanna Be Startin’ Something »), la pop (« Billie Jean »), le funk (« Smooth Criminal ») que la soul (« Keep the Faith »). OK, il lui manque le jazz (encore que… Quincy Jones est à la console), mais il a un meilleur fond hip-hop (« Jam ») voire électro sur certaines rythmiques. Et il danse mieux. Ro.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=iL_NzaDv4yY)

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12. Billy Ocean : Loverboy (1984). Les années 80 furent la décennie au cours de laquelle les clips vidéos devinrent réellement un outil de promotion de masse, d’où une injection massive de capitaux dans leur réalisation. Malheureusement, comme tous les nouveaux médias, le clip est passé par une phase intermédiaire au cours de laquelle les réalisateurs cherchaient leurs marques et ne savaient pas trop quoi faire de tout cet argent, d’où l’éclosion durant la première moitié des années 80 de vidéos dont le budget apparemment faramineux était dépensé en dépit du bon sens. La vidéo de « Loverboy » par Billy Ocean est une sorte de mélange improbable entre une série de l’été en costume de TF1 (« Le Gerfaut », pour ceux qui voient) et du “Retour du Jedi”, le tout entrecoupé d’effets spéciaux qui devraient faire s’étrangler de rire les enfants de la génération Pixar. P

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=Fbft0MAS9jc)

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11. Apollonia Six : Sex Shooter (1984). Evidemment, si votre sexualité ne s’est pas éveillée lors des clips de funk moite que proposaient Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre le samedi soir sur sur Antenne 2, les noms de Vanity 6 et Apollonia 6 risquent de vous faire bander mou. Par contre, si vous avez été ne serait-ce qu’une seule fois exposé au « Sex Shooter » de ces dernières, vous n’avez certainement pas oublié leur goût prononcé pour les porte-jarretelles, les escarpins, les capes noires et les brillants en toc. Le tout produit évidemment par le Phil Spector de Paisley Park qui, gageons-le, a dû personnellement s’assurer des qualités buccales de chacune de ces jeunes filles. Pardon, vocales. L’avancement qu’il avait procuré au groupe, qui figure au générique de « Purple Rain », n’a malheureusement pas suffi à lancer leur carrière, stoppée net par l’apparition du Dim’Up. Ph.Du.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=q0QTx9VqOIw)

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10. Chaz Jankel : Number 1 (1985). Il faut avoir un sacré aplomb pour débarquer dans les charts avec un titre appelé « Number One » : mais Chaz Jankel n’en était pas à son galop d’essai puisqu’il était le co-auteur du premier album de Ian Dury, celui de tous les tubes (« Wake Up And Make Love With Me », « Sex and Drugs and Rock’n’Roll »…) et qui s’est écoulé à plus d’un million d’unités en Angleterre à l’époque. Dans un registre aussi pop mais sans doute plus synthétique, « Number One » est un autre exemple de single parfait à la destinée aussi préméditée qu’éphémère. Imparable et pourtant oublié de la plupart des compiles années 80. Ph.Du.

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=82MXT1owuLo)

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9. Jean Ferrat : Je ne suis qu’un cri (1985). Plaisir coupable que ce titre, je ne sais pas. Il agit plutôt comme une madeleine de Proust. Tout ce dont je me souviens, c’ést de la chanson “La porte du bonheur est une porte étroite/On m’affirme aujourd’hui que c’est la porte à droite” que je sifflotais dans la voiture familiale, lorsque le radio-cassette diffusait l’album copié par mes parents. Qu’importe que Ferrat soit un type déconnecté, portant comme une vieille veste de velours élimée ses idées parfois lourdingues de type-qui-en-a-vu-les-petits-gars, il y a dans son album de 1985 le souvenir des routes de vacances. Plus encore, sa voix chaude et douce a charmé mes oreilles enfantines avec une mélodie simple mais travaillée. Avec peu de choses, Ferrat réussissait à passer de la balade à la comptine naïve, touchant parfois à des titres plus alambiqués (« Je ne suis qu’un cri »). Encore maintenant, cet album serait un réel plaisir. Fx

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8. Falco : Falco III (1986). Quel que soit l’état d’esprit dans lequel on aborde l’oeuvre de Falco, il faut bien reconnaître qu’il a inventé un style qui lui était propre et qui ne lui a pas survécu. Cette diction, cette manière de chanter, ce mélange improbable d’anglais et d’allemand n’aurait jamais pu se retrouver chez quelqu’un d’autre. Alors, oui bien sûr, la production a affreusement vieilli, oui bien sûr, certaines de ses chansons feraient passer Crazy Frog pour le plus grand singer-songwriter du siècle mais comment, honnêtement, le visage le plus renfrogné pourrait-il ne pas s’éclairer d’un sourire béat pendant le second couplet de « Jeanny » ? Comment ? Je vous le demande. P

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=ySH3WvVCFIk)

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7. Queen : Live at Wembley (1986). De manière générale, c’est avec Queen que j’ai ressenti mes premiers émois rock. Le Live at Wembley enregistré en 1986, c’est un peu la quintessence de ce que j’aime. Il y a notamment « Under Pressure », qui est l’une de leurs meilleures chansons et ma préférée toutes catégories confondues. Je ne possède le “Live at Wembley” que sous forme de cassette audio FN 90, patiemment copiée par mon grand-père qui avait l’album (un jour, je vous parlerais de mon grand-père). Et pour retrouver « Under Pressure », il faut avancer jusqu’au 7e titre. J’ai appris peu à peu à estimer le temps qu’il faut attendre avant de presser le bouton « Stop » et ainsi caler la bande au bon moment. Mais si j’ai le malheur d’appuyer un peu avant, ou trop tard, je laisse quand même filer la cassette par goût pour tout le concert. Et je me fais plus d’une heure de Queen avec le sourire. Fx

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6. Trust : Live 1980 (1992). Rien à dire, l’enregistrement de la tournée “Répression dans l’Hexagone” file encore le frisson dans le dos. Le disque est pourtant dans la rangée du bas, celle des disques délaissés, qu’on ne ressort que rarement. Je l’avais acheté d’occasion à La Rochelle. L’histoire du groupe, ses disques, ses changements de formations incessants m’étaient et me sont encore étrangers ; mais je le ressors régulièrement pour le mettre sur la platine. Ce que j’aime, ce sont les guitares, c’est Bernie Bonvoisin bazardant ses paroles de sa voix puissante. La rage sans fioritures. Et puis “Antisocial” (en version publique – c’est à se damner), titre absolument détesté par les popeux, m’a servi de fond sonore lors une soirée où grosso modo, la demi-douzaine d’invités encore présents faisaient du stage-diving depuis le dossier du canapé du salon. 272 secondes à bloc. Fx

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5. Cranberries : No Need To Argue (1994). Doit-on vraiment avoir honte de ce qui nous procure du plaisir ? Ce genre de sentiment ne prospère-t-il pas sur un substrat de culpabilité judéo-chrétienne, qu’il suffirait au fond d’exorciser dans une grande acte de purification rationaliste ? Sans doute. En revanche, il est possible (voire souhaitable) de se sentir vaguement coupable d’aimer et donc de contribuer, directement ou indirectement, au bien-être matériel d’artistes que l’on trouve antipathiques. Par exemple, la lecture d’interviews de Brian Molko me donne mauvaise conscience à apprécier « Without You I’m Nothing ». De même, je me sens vaguement coupable d’aimer le deuxième album des Cranberries. Pour « Zombie », évidemment, et ses “ohoh” gutturaux que j’aime à chanter (mouvements de glotte compris) avant de les noyer dans un dégueulis de « ahaaahaaaaaoh » (mais siiii, après le deuxième couplet). Et surtout pour « Ode to My Family », une des rares chansons qui parvient à dire “Papa, Maman, je vous aime” sans tomber dans le ridicule. P

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=izUHro6tHU0)

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4. The Last Night of the Proms. Mon incurable anglopathie trouve une de ses manifestations les plus pures dans la ferveur religieuse avec laquelle je regarde chaque année sur la BBC “The Last Night of the Proms”, et surtout son final traditionnel où, dans un Royal Albert Hall empli d’une ferveur patriotique bon-enfant, on peut voir un public déchaîné essuyer des fausses larmes, agiter des drapeaux, plier les genoux en rythme, faire résonner des klaxons pendant la « Fantaisie sur des chants de marin » de Sir Henry Wood et chanter à tue-tête tout ce que l’Angleterre compte d’hymnes nationaux plus ou moins officiels : « Rule Britannia », « Land of Hope and Glory » (aka « Pompe et Circonstances » de Sir Edward Edgar), « Jerusalem » et « God Save the Queen ». Face à une telle allégresse populaire (25.000 personnes assistent au concert sur écran géant à Hyde Park et dans d’autres villes du Royaume-Uni), le fait que la musique ne soit pas forcément très subtile n’a que peu d’importance. P

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3. Prendre le train en retard. Pour peu que l’on fréquente un minimum les forums et les sites musicaux, on voit apparaître presque tous les jours un groupe ou un artiste présenté comme la nouvelle révélation immanquable, le truc tellement formidable qu’il va réduire les branchés de tous poils à l’état de larves rampantes, dégoulinantes d’hébétude extatique. Face à cette actualité incessante, la seule attitude raisonnable est de refuser obstinément d’écouter ces merveilles annoncées. Faire fi de ce volontarisme absurde des médias, forcés de trouver chaque semaine de quoi alimenter la flamme de leurs dithyrambes obligées. Laisser les suiveurs sans personnalité se repaître de ces enthousiasmes téléguidés d’en haut, affecter une prudente neutralité pendant quelques mois et laisser le temps faire son oeuvre de filtre. Le moment venu de nous frotter à ces prétendus trésors, le plaisir est alors garanti : soit le plaisir simple de la découverte d’un disque que l’on aime, soit le plaisir coupable de celui à qui on ne la fait pas, qui a tout de suite su séparer les vessies des lanternes et peut donc toiser avec une morgue hautaine les moutons qui l’entourent. P

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2. Dionysos et Louise Attaque : Song 2 (2006). “Song 2” est, sans aucun doute, la meilleure chanson défouloir qui ait jamais été créée pour le rock. LA meilleure : pas même la peine de polémiquer dessus. Elle donne envie de se jeter contre les murs en hurlant, de se ruer sur les autres avec un plaisir animal et de bouger frénétiquement son corps sans retenue. C’est au hasard de recherches sur le net que je suis tombé sur la version enregistrée à Taratata . Depuis, il n’est pas une semaine sans que je revienne sur la page qui la diffuse. Je la trouve phénoménale. Je gigote, je sue, je rebondis sur ma chaise, agitant les bras pour mimer la batterie. Dionysos et Louise Attaque l’ont rendu encore plus belle, avec une montée excitante, et un déchaînement électrique, un redoux, puis une nouvelle explosion. Désormais, l’originale paraît un peu fade, c’est dire. Fx

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1. Ginette Garçin. C’est vrai : en 2006, aimer une artiste qui s’appelle Ginette, ça ne se case pas facilement dans la conversation. A fortiori quand les gens la confondent soit avec Jacky Sardou (l’erreur est excusable, elle partagea avec elle l’affiche du « Clan des veuves ») soit avec Micheline Dax. Mais en plus d’être une bonne actrice, la Ginette a enregistré, avec la complicité de Jean Yanne, des chansons qui se devraient de figurer dans toute bonne discothèque, mais pas forcément en évidence. Oui, « Jésus Tango » (« Dans les bras de Jésus, maintenant tous les jours je chaaaanteu, pour moi la vie n’est plus méchaaaanteu, et d’amour je suis éperdue, dans les bras de Jésus »), « Jésus Java » (« Si j’aurai pas connu Jésus, sûr que j’me s’rais sentie perdue »), mais surtout « Cresoxipropanediol (en capsule) », sont des putains de tueries, comme on dit dans Rock Sound : humour décalé, 25ème degré et, dans le cas de la dernière, véritable prodige de diction. A ne pas mettre entre toutes les oreilles, car c’est le meilleur moyen de s’attirer une vague moue de l’auditoire. Plaisir coupable, définitivement. Jo.Ge.