J’ai regardé Elizabethtown l’autre jour et ça m’a fait me sentir bien.
C’est un film bancal, Elizabethtown. A l’image de la toute filmographie de Cameron Crowe, ancien journaliste rock devenu cinéaste inégal (Almost Famous : oh ouais ! ; Vanilla Sky : oh non !). Pourtant le film est moins affreux que tout ce que j’en avais lu. C’est vrai que quand le film se plante ou patine, il se plante totalement ou il patine douloureusement. Mais les belles scènes sont aussi vraiment belles. Il a une superbe idée vers la fin ; le personnage d’Orlando Bloom quitte Elizabethtown après l’enterrement de son père ; il va se taper tout le trajet du Kentucky jusque dans l’Oregon en voiture mais Kirsten Dunst lui a fait une carte. Mais pas n’importe quelle carte, un gros album avec tous les itinéraires à suivre, les photos des choses à voir, des lieux où s’arrêter le long de la route et, surtout, des compils pour tout le trajet, avec des morceaux oui, bien sûr, rien que ça c’est déjà chouette, mais avec aussi des commentaires, où elle disserte sur la vie, lui dit quand faire une pause, où manger. Le tout forme le Guide du Routard ultime, un guide complet d’où aller, de quoi faire et quelles chansons à écouter à quel moment.
Et donc à un moment elle lui dit en gros “tu as 5 minutes pour te complaire dans le malheur et puis passe à autre chose ” ; c’est donc le moment où il faut pleurer pour se faire du bien, pleurer pour jeter bébé avec l’eau du bain, expulser sa tristesse en même temps que toutes ses larmes, comme ça ce poids est moins lourd à trimballer le lendemain.
Et après elle lui dit très exactement ça (je l’ai noté méticuleusement dans mon petit carnet) : “sadness is easier because it’s surrender. I say, make time to dance alone with one hand waving free… ” : et donc là on voit Orlando Bloom, qui danse comme un beau diable (avec ce sourire stupide qu’il maîtrise malheureusement si bien) au milieu des bois, avec une main en l’air ; et il semble allez beaucoup mieux. Et c’est pourtant bête, c’est pourtant naif, mais là, à ce instant précis, ça m’a semblé être la solution idéale à tous les maux. Peut-être que l’on devrait tous, tous les jours, prendre 5 minutes pour danser seul, avec une main en l’air. Peut-être que ça dissiperait tous nos problèmes. Peut-être que ça dissiperait toute notre tristesse pendant 24 heures, jusqu’à ce que l’on danse à nouveau…
Ces temps-ci, si je veux danser avec une main en l’air, il me suffit d’écouter le nouvel album de The Long Winters , Putting The Days To Bed . Je les découvre seulement maintenant alors qu’apparemment c’est déjà le 3ème album du groupe ; il suffit de préciser qu’ils sont chez Barsuk depuis leurs débuts (ils comptent d’ailleurs Chris Walla, le guitariste de Death Cab For Cutie, comme collaborateur régulier) pour comprendre qu’on est ici dans la “pop multicolore de qualité qui fait du bien”.
Le groupe porte vraiment mal son nom : à leur côté, les hivers (qui me font mal) paraîtront tout sauf longs et on a tout sauf envie de passer ses journées au lit (ça donne plutôt l’impulsion pour sauter sur son matelas). La première fois que j’ai entendu Pushover , le morceau d’ouverture de l’album, j’ai dû l’écouter dix fois d’affilée, comme si une seule ne suffisait pas pour en épuiser toute l’énergie. Expédiée en moins de 3 minutes, simple et spontanée, puissante et mémorable comme un hymne : ça ressemble à s’y prendre à la chanson power-pop parfaite. Teaspoon appartient à la même catégorie, ultra efficace, instantanément enthousiasmante avec sa section de cuivres qui débarque pour achever de nous mettre dans sa poche. Et quasiment tout l’album est de ce niveau, on finit l’écoute de l’album exténué au niveau de la cheville, à force de taper frénétiquement du pied.
Il y a quelque chose chez eux qui me rappelle l’efficacité débridée des meilleurs morceaux de Fountains of Wayne (dont d’ailleurs deux des membres avaient participé au 1er album), avec une pointe d’Americana en plus (qui doit beaucoup à la voix un rien rugueuse de John Roderick : on entend le vent soufflant dans les plaines dès qu’il chante…). Le même genre d’orfèvrerie power-pop qui sait vous faire sourire sans être régressive, privilégiant la dynamique tout en restant subtilement sentimental.
Ces morceaux de The Long Winters auraient pu figurer dans Elizabethtown , ils sont totalement dans le même esprit.
I say, make time to dance alone with one hand waving free…





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