La Blogothèque

V Thirteen

Il y a des week-ends où j’ai envie et d’autres non, des jours où je veux tout acheter et d’autres où je trouve tout vain. Ce week end j’ai senti que c’était avec quand j’ai hésité à acheter Seventeen seconds en vinyle alors même qu’une édition Deluxe à peine déflorée orne mon étagère. Je me suis retenu, mais je n’ai pas pu résister à 10 Upping Street , le deuxième album de Big Audio Dynamite . Celui-là, je ne l’avais qu’en cassette.

J’avais bien aimé le premier album. Mick Jones venait d’être mis à pieds de The Clash par un Joe Strummer qui se posait en garant des valeurs punk. Le « traître » avait alors rassemblé un gang, Big Audio Dynamite , avec entre autres un type à la crédibilité punk énorme mais surtout à l’allure folle, Don Letts . L’affrontement final avait eu lieu dans les bacs, et à la suite, dans les colonnes des critiques de disques. Big Audio Dynamite et ses intentions novatrices, coller en rock à la révolution des musiques urbaines – le rap, l’électro, le dub – avaient alors terrassé Cut the crap . Joe Strummer et les Clash ne s’en étaient pas remis.

Mais la paire se reforma, pour le réussi second album de BAD , N° 10 Upping street , en référence à la résidence du premier ministre anglais, alors occupée par une certaine Margaret Tatcher. Pas pour tout l’album, non, mais pour quelques morceaux, dont V Thirteen , le dernier chef d’œuvre des Clash . Enfin pas tout à fait.

Parce qu’il y a deux versions. La première que j’ai entendue était celle du clip. Le groupe, en concert, délivrait une version sèche, tendue, follement enthousiasmante. Mick Jones , la bouche ouverte, un faux air de Ribery des années en avance, tenait bas sa guitare et je l’adorais. Les dreads de Leo Williams , ex [Basement 5-> http://www.blogotheque.net/article.php3?id_article=354], le bassiste et du grand [Don Letts-> http://www.popmatters.com/music/interviews/letts-don-020712.shtml] se balancaient en rythme, donnaient au groupe un air sauvage. J’était complètement électrisé et je me maudissais de les avoir ratés en concert.

Imaginez ma tête lorsque j’ai entendu la version de l’album … Je crois que le pire est ce petit motif au synthé, talonné de près tout de même par l’envolée guitaristique vite étouffée de la fin.

Mais il y une justice : cette version pourrie des dents a disparu corps et âmes (mais pas de mon vinyle) et l’histoire officielle du groupe ne retient que la bonne. Tout le projet de Big Audio Dynamite est dans ce morceau. La basse, mixée en avant, véritable poumon du morceau, est une basse rock jouée reggae. Le tout est épuré, comme filtré par une production dance des années 2000. Voilà sans doute à quoi ressemblait Big Audio Dynamite dans les rêves de Mick Jones .

Good morning, sinners.