La Blogothèque

Considérations esthétiques sur le Top 50

C’est étrange mais en France, il n’y a pas de culture musicale. Quand on regarde le Top50, on en vient vite à penser que la France est un pays arriéré où on cultive la bêtise. Voici le top de la semaine du 12 au 18 août : Façon Sex (Tribal King), Coup de Boule (Plage), Zidane y va marquer (Cauet), Titou le Lapinou (Titou), Boum boum boum (Shana Tesh), Le Ragga des Pingouins (Pigloo).

Et égaré là dedans, en septième position Gnarls Barkley dont on se demande comment il a pu survivre à la destruction voulue par la culture de supermarché. Je ne crois pas être alarmiste, mais il est vrai que je trouve à cette liste, un goût de meurtre et de sang, de crime contre l’esprit perpétré par une nation entière. Mais que voulez-vous, c’est ainsi partout aujourd’hui…Je suis trop sensible…

La France ne sera jamais l’Angleterre, Alain De Greef, ancien directeur de la programmation de Canal+ avait cru en acceptant de diffuser le Top50 que l’émission serait comparable au Top of the Pop anglais, non que ce show soit par ailleurs si remarquable, mais au moins il offrait un panorama décent de la création musicale. Seulement, il dut très vite reconnaître que dans notre pays, la variété avait le monopole, que Stone & Charden étaient les Depeche Mode français et se vendaient par wagons entiers.

Je ne suis pas loin de penser que Sacha Distel, Phil Collins ou Claude François sont aussi profondément vulgaires musicalement que Tribal King, que l’époque seule a changé, qu’autrefois les chanteuses portaient des robes et baragouinaient sur l’amour, et que maintenant elles sont en mini-shorts et s’adressent aux stades. Sur le front de la nullité, pas d’évolution notable, calme plat et nuages noirs. Nous avons supporté Pascal Sevran, nous apprendrons à subir la déferlante R’n B avec stoïcisme.

Tout cela manque cruellement de décadence me direz-vous. Nous nous en cognons de Pigloo le pingouin, qu’il aille creuser un trou sur la banquise avec ses millions, nous voulons du rock qui soit l’expression de notre énergie moqueuse et blasée. Nous voulons trouver notre fréquence cardiaque, amplifier nos vies, déborder d’énergie, détruire pour créer. Cela, nous le trouvons encore parfois, au compte goutte, distillé chichement par les grands medias qui se méfient des foyers d’indépendance, sachant bien que leur vérité y est contestée, qu’une intensité vécue s’oppose à leurs efforts et que ceux qui vont à contre-courant n’ont cure des plaisirs factices.

Il est vrai que le Top50 n’interesse plus que les adolescents qui n’ont pas encore le goût formé et qui se contentent de ce qu’il y a dans leurs assiettes (des saucisses Herta à chignon comme Lâam ou des pénibles moralistes en poncho comme Florent Pagny). Mais qu’importe ? Si un jour Animal Collective était diffusé dans les clubs en remplacement de Britney Spears, il est à croire qu’en boîte il y aurait des tournois d’échec. Ce n’est pas pour me déplaire, je n’ai jamais appris à danser.