- T’as fait quoi hier? T’étais injoignable !
- Brooklyn jouait à la Flèche d’or .
- Alors?
- Ch’ais pas.
- Comment ça? C’était vraiment naze?
- Non, je sais pas. Enfin, oui, mais surtout ça soulève une question qui me tracasse.
- Qu’est ce qui t’arrive encore?
- Bah, je sais pas. Il y a quelque chose qui m’échappe. Je ne comprends pas cet engouement pour cette soi-disant nouvelle scène parisienne. Plasticines en couverture de Blast , Plasticines dans Citizen K , Second Sex au Baron , The Parisians adulé par le magazine NewComer et le tout encensé par Libé .
- Et?
- Et hier j’ai vu ce concert et je me suis dit « mais où est le musique ? »
- Attends je suis désolé de te dire que Brooklyn je trouve ça bien. Si tu vas sur leur page myspace tu verras qu’il y a des morceaux bien. Va écouter Clean !
- Peut être, mais hier j’étais au concert et j’ai trouvé ça pas terrible. Tu vois esthétiquement rien à dire. Bonnes petites gueules, petits looks sympas, bonne humeur, le groupe était vraiment content d’être là, bonnes attitudes, bonnes poses, etc. En gros si tu coupais le son tu pouvais te dire « Woa quel show! » mais si tu le rallumais c’était la cacophonie. T’entendais rien, on aurait dit que tous les instruments étaient au même niveau. Et puis j’ai aussi eu l’impression qu’une grande vague de rien m’avait envahie. Je me rappelle de rien. C’était ni naze, ni bien, c’était… vide. C’était de la frime. Que de la frime. Tout dans l’attitude. A la fin ils ont quitté la scène comme The Kills genre « ouais nous on se casse d’ici « …

- Ah ah ah. Mais c’était pas avec toi qu’on avait vu Second Sex au Zinzin ? Il y avait Sébastien Tellier qui jouait avant eux…
- Mais ouais voilà ! Rappelle toi comme c’était naze. Tout le monde avait l’air de kiffer alors que les Sex Pistols merci, mais on connaît. J’avoue bonne énergie et tout mais c’était fade. Il manquait un truc.
- Le talent?
- Ah non, mais en fait t’es pire que moi. Non, non, je n’irais pas jusque là. Je dirais plutôt qu’il manquait la sincerité. On aurait dit des enfants qui jouent à être rock n’roll. Ca se voulait mais c’était pas. C’est touchant mais un peu gonflant.
- Et tu…
- Même chose pour The Parisians . Je les ai vus il y a un an au Bar 3 et pff on entendait que la batterie. Par contre, eux, ils étaient plus sympas. Ils se la pétaient pas. Mais bon musicalement… quand je pense qu’il disaient à qui voulait l’entendre qu’ils étaient potes avec les Libertines et que Jean-Vic Chapus les défendait corps et âme…
- C’est qui Jean-Vic Chapus ? Ah c’est pas un journaliste de Rock&Folk ?
- Si, et c’est lui qui a lancé NewComer que je te recommande d’ailleurs.
- Euh merci je connais. Et pour Plasticines ?
- Euh bah en fait j’ai rien à dire. J’ai jamais ecouté, jamais vu. Trop la flemme, pas envie. Tout ça me désole. Je vois pas pourquoi on crie au miracle. La presse place ces jeunes sur le devant de la scène alors qu’ils ont même pas eu le temps de mûrir, de définir un son. Comme si être jeune ça suffisait. Parfois ça me dégoûte de voir qu’on n’accorde de l’importance qu’à l’image.
- En fait t’as plus la rage contre les groupes ou contre la presse?
- Ch’ais pas. Peut-être bien les deux. Non, remarque les pauvres c’est pas de leur faute. C’est la presse qui les montre comme la 8ème merveille du monde. Eux, ils ne se sont jamais présentés comme tel. Parce que dans le fond tous ces petits groupes, je les trouve attachants. Ils crânent à mort mais c’est marrant et c’est normal. Ils en peuvent plus. Ils sont en transe. On leur dit qu’ils sont la relève de demain donc forcément… A la limite Brooklyn je comprendrais qu’ils se la racontent ils sont presque au point. Mais les autres… les autres. Je reste sceptique.
- Mouais… Bouh la méchante presse qui brise l’enfance de ces pauvres ados qui finalement ne rêvaient que de ce qu’ils sont en train de vivre maintenant. T’as fumé combien de pétards avant de me raconter tout ça? Franchement arrête d’être si exigeante. Laisse le temps faire et tu verras que dans trois mois le tri se fera de lui-même.
Dialogues, photographie, régie, direction artistique, mise en scène, production : Bicarbonate de soude





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