La Blogothèque

My Brightest Diamond

Je m’en souviens comme si c’était hier. Un vendredi matin, vers la fin juillet. On s’était donné rendez-vous à l’entrée sud-est de Prospect Park, le grand parc de Brooklyn, l’envers sauvage de Central Park, à 10h précise. J’habitais à 2 pas, elle à 3, on ne se connaissait pas, je lui avais bien précisé de venir seule. J’avais probablement dû lui parler de ‘rencontre intime’, de ‘moment suspendu’, de ‘renouveau dans le rapport à l’acte de création’, des conneries dans le genre pour la rassurer – elle avait cette toute petite voix au téléphone, si douce que j’avais peur de l’effrayer avec mes idées un peu bizarres. Elle aurait pu refuser, mais on m’avait heureusement bien introduit – c’est par l’intermédiaire de Padma Newsome, de Clogs, et également sixième membre de The National, que j’avais eu son contact – Padma avait été son professeur pendant un moment, il a d’ailleurs semble t’il plutôt bien fait le boulot.

My Brightest Diamond, c’est Shara Worden, une fille charmante, vraiment, qui porte des robes rouges qui lui vont à ravir. Elle a commencé à se faire connaitre assez récemment, en tant que membre quasi permanent du groupe de Sufjan Stevens, et pour qui elle a ouvert nombre de ses concerts – au Point Fmr notamment. Elle vient de sortir son premier album, mais bon, un album ça reste ce truc de plastique dont je sais pas quoi faire si ce n’est le refiler à un pote, ou alors c’est de la musique qui sort des enceintes de mon ordi dans un flux continuel qui fait que je mélange tout. Non non, la robe de Shara, ça s’oublie pas, et on aimerait bien la garder rien que pour soi – Padma, quelques jours plus tard, me confiera: ‘and you know what’s the saddest thing? she’s already married…’. Pauvre Padma, pauvre de nous.

Lorsque l’on s’est enfin retrouvé, une demie heure plus tard (on s’était chacun planté d’endroit, Prospect Park c’est pas les Buttes Chaumont), on a commencé par se balader tranquillement, à parler de nous, à se connaitre. J’aurai bien continué longtemps comme ça, mais bon, fallait bien les tourner ces satanés vidéos – oui, évidemment que les vidéos ne sont qu’un prétexte, non mais vous avez cru quoi? Et si les ‘concerts à emporter’ se résumaient désormais à un texte sur une rencontre avec notre artiste preféré? Ah, tiens donc…

Elle transportait sous son bras une valise assez volumineuse, de laquelle elle sortit un superbe xylophone qu’elle assembla au milieu de la forêt – je la trouvais si jolie, elle petit point rouge entourée de ces arbres gigantesques. Elle joua un morceau de son album, “Disappear”, c’était pas mal, pas non plus la folie furieuse, elle avait une belle voix mais le morceau, mmm, il manquait un ptit quelque chose – à vous de voir. De toute façon j’étais content, je passais une matinée avec Shara Worden.

#16.1 – DISAPPEAR

Réal : Vincent Moon

Tourné à Paris, 2006

On s’est ensuite rapproché du lac (enfin, un des lacs, Prospect Park c’est pas le Bois de Boulogne), quelques minutes ont passé, elle a sorti d’un autre sac quantités de ces petits intruments-jouets à manivelles dont j’ai oublié le nom – aidez moi, vous voyez de quoi je veux parler. Elle avait plusieurs classiques dans le tas, je crois que c’est moi qui lui ai soufflé ‘l’Hymne à l’Amour’ – je me suis dit que ça ferait chavirer plus d’un coeur, que j’avais toujours envie d’entendre du Piaf, un peu comme un idiot j’ai aussi pensé à Jeff Buckley, et puis, elle a commencé à chanter et j’ai oublié jusqu’à l’existence de la môme. J’étais tout tremblant derrière mon engin à images, j’ai même voulu m’enfuir à la fin, j’ai couru et je me suis explosé la tronche sur son xylophone posé un peu plus loin – et elle a rit, elle a rit de ce rire qui résonne encore, vous l’entendez?

‘That must be a take!’. Oui, c’était la bonne…

#16.2 – L’HYMNE A L’AMOUR

Réal : Vincent Moon

Tourné à Paris, 2006

En rentrant, au moment de se quitter, j’ai osé lui poser la question – ‘ et Sufjan, tu crois qu’il serait ok?’ – ‘Sufjan? euh, non’. Bon, pas grave, de toute façon il doit pas savoir porter les robes rouges comme toi, Shara.

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