La Blogothèque

Hope Of The States R.I.P.

Cet été n’a pas été tendre avec les légendes du rock. Le Syd et le roi Arthur ont donc logiquement monopolisé les hommages. Pour ne rien arranger, Arab Strap , l’un des groupes les plus unanimement appréciés de ces 10 dernières années, a également décidé de se séparer il y a quelques jours. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le split d’un groupe mineur de rock NME soit passé complètement inaperçu. Qui se souciait en effet encore de Hope of the States ? Leur single Black Dollar Bills avait certes suscité un début d’intérêt mais un premier album arrivé trop tard et considéré par beaucoup comme décevant l’avait vite fait retomber. En conséquence, leur second opus était sorti dans l’indifférence générale au début de cette année. Le très petit nombre de concerts donnés par le groupe en France ou en Belgique (s’il y en a eu) n’a sans doute rien fait pour améliorer leur popularité dans nos contrées. Il me semble donc qu’un hommage-rattrapage s’impose.

Lorsqu’on tient en main leur premier album (The Lost Riots , 2004), ce qui frappe surtout est le soin apporté au visuel. L’édition limitée se présente dans une pochette en carton surdimensionnée qui s’ouvre par une languette prédécoupée, un peu à la manière d’un paquet de biscuits. L’ensemble est presque entièrement noir, avec juste le dessin d’un oiseau posé sur un fil de fer barbelé. A l’intérieur, on trouve le disque proprement dit et un jeu de reproductions de planches médicales à l’ancienne (cerveau, coeur, poumons, etc..) sur lesquelles le texte des chansons se mélange avec le nom des organes. L’ensemble est également parsemé de petits dessins guerriers (soldats, archers, avions,…) et, de fait, tout l’album tourne autour de l’idée du soulèvement armé, du Grand Soir et de la Révolution (surtout l’Américaine, explicitement évoquée dans des morceaux comme George Washington et 1776 ). On y entend notamment des textes tels que :

‘All the money in the world / Won’t save you /

We’re coming home. / All the prisons that you build /

Won’t hold us. / Just let us go.’

Le disque sonne ainsi à première vue comme un vibrant appel à l’insurrection, ce qui les rapproche un peu des cultissimes canadiens de Godspeed You Black Emperor , influence selon moi évidente du groupe. Outre leurs options politiques, les deux groupes partagent une atmosphère sombre, pré-apocalyptique et une instrumentation laissant une large place aux cordes. Dans tous ces domaines cependant, s’ils s’inspirent de leurs modèles canadiens, c’est en refusant de se couper du grand public. Ainsi, ils n’hésitent pas à s’appuyer sur une major pour toucher le plus grand nombre et les longues plages de 20 minutes ou plus laissent ici la place à des morceaux plus courts, construits comme de vraies chansons pop. Par exemple, leur premier single, Black Dollar Bills , dure six minutes et commence par une voix seule sur un tapis de quelques notes de piano éparses. Les textes y sont d’un nihilisme assez terrifiant :

‘I’ve seen broken people smile They lie [...]

No one hopes for anything when there’s nothing at all.’

Entre ce qu’on pourrait appeler des couplets, le refrain prend la forme d’un mur de guitares hurlantes, mais laissant une impression de grand calme (à la Helicon 1 ), avant un final instrumental de trois minutes, qui prend la forme d’un long crescendo qui se dissout finalement dans le silence. Ce morceau résume assez bien ce qu’est ce premier album : la mise en musique d’un monde à l’agonie par cinq anglais qui ne semblent plus espérer grand-chose de la vie (leur guitariste s’est d’ailleurs suicidé à la fin de l’enregistrement de l’album). Pourtant, sur ce canevas, le groupe parvient à imprimer à la fois la beauté fragile de Mercury Rev et le sens de la démesure de Muse (ce qui n’est pas une mince affaire).

Une des raisons qui pourrait expliquer l’échec commercial de ce très beau disque est sans doute la voix du chanteur Sam Herlihy , qui m’a longtemps rebuté. A présent, avec le recul, je me demande dans quelle mesure ces intonations geignardes et cette justesse approximative ne sont pas justement un élément central de la musique du groupe. Elles instillent un sentiment de malaise chez l’auditeur et contrastent volontairement avec l’imposante majesté des lignes instrumentales. Hope of the States n’était pas un groupe qui recherchait à tout prix à plaire. Il se refusait à fournir à l’auditeur le réconfort lénifiant d’un refrain pop ou d’une ligne mélodique parfaite et préférait lui rappeler que toute beauté porte en son sein les germes de sa propre destruction ou encore qu’aucune chanson ne parviendra jamais à changer le monde dans lequel nous vivons.

Il n’est guère étonnant qu’une musique conçue dans cet esprit ait eu un peu de mal à rencontre son public et leur premier album a été un relatif échec commercial. Pour le deuxième (Left , 2006), on sent confusément que le groupe a tenté de combiner les intentions de The Lost Riots avec des compositions plus standardisées et une production plus léchée. Le single Sing It Out tente ainsi vainement d’apparaître entraînant ou euphorisant, sans réellement parvenir à dissimuler son caractère irrémédiablement désespéré. Cet échec n’est pas loin d’être bouleversant.

A la semaine prochaine.