La Blogothèque

holidays

Je ne résiste jamais au plaisir de racheter un de mes disques préférés quand je le trouve bradé. Moins par spéculation que pour le plaisir de l’offrir à quelqu’un qui n’a pas la chance de le connaître. J’en suis à mon quatrième exemplaire de On The Beach . Pour l’intérieur de la pochette, qui reprend le motif du parasol planté dans le sable au recto, pour sa face B sous Valium, pour sa typo heavy metal. Holiday figure aussi en bonne place parmi le peloton des albums que j’ai le plus rachetés, mais contrairement à son prédécesseur, il n’a jamais été réhabilité comme il le mérite. Sans doute parce qu’il est signé America , un groupe trop souvent réduit à sa similitude vocale étonnante avec le trio Crosby Stills and Nash. Pourtant America mérite mieux que cette réputation rapidement taillée. Bien mieux que ça.

Dewey Bunnell, Gerry Beckley et Dan Peek sont tous les trois fils de pilotes américains stationnés en Angleterre. C’est à Londres qu’ils commencent à se produire en 1970 sous le nom de Daze, puis America , en clin d’œil à leur lointaine patrie. Leur premier album, qui paraît l’année suivante, contient un tube en or massif sur lequel ils vont pouvoir asseoir leur conquête de l’Ouest : “A Horse With No Name”. Aux États-Unis, il détrône “Heart of Gold” dans les charts.

Sur la pochette de Holiday , leur quatrième album, Bunnell, Beckley et Peek posent habillés en gentlemen farmers devant une voiture de luxe stationnée au milieu de la nature. Au volant, un chauffeur dont on a du mal à distinguer les traits. Il y a pourtant bel et bien un quatrième homme sur ce disque : c’est Georges Martin. Il enrobe les compositions du groupe d’arrangements de cordes somptueux, qui les hisse tout de suite dans une autre catégorie : en s’éloignant de la base folk-rock qui a fait son succès, America trouve une nouvelle ampleur. Ce n’est pas un hasard si certains moments rappellent un certain double blanc (“Mad Dog” et “What Does It Matter” sonnent comme des chutes inédites). Les plus émouvantes compositions sont celles de Dan Peek, dont le timbre fragile n’est pas sans évoquer Alex Chilton. Mais c’est pourtant Dewey Bunnell qui signe le morceau que je préfère, “Old Man Took”.

Je croise régulièrement Holiday dans les bacs d’occasion. Il ne dépasse jamais la somme de trois euros. Il existe également en CD, en série économique. Ce n’est pas une rareté, mais c’est un vrai trésor caché, sentiment qui se confirme à chacune des nombreuses écoutes que j’ai effectuées. Chaque fois que je le rachète, je me le refais en entier pour vérifier l’état de la copie. Et je retombe dans une mini-crise pendant laquelle je n’écoute plus que ça. Surtout si les fenêtres sont ouvertes et que je suis en bermuda.