Pour bien tout comprendre, il faudrait que je raconte cette histoire par le début, ce qui revient cette fois-ci à commencer par la fin.
C’est arrivé au cinéma, pendant le générique de fin (nous y voilà) de La Jeune Fille de L’Eau (Lady in the Water , M. Night Shyamalan, 2006). D’une contre-plongée du fond de la piscine, Paul Giamatti venait de dire merci à sa naïade, les 5 autres spectateurs de la salle avaient rapidement décampé mais moi je restais seul dans mon coin, perdu dans mes pensées et déjà écrasé par le poids de la tache délicate qui se présentait à moi, celle de devoir bientôt défendre (mais défendre devant qui, je ne sais toujours pas) ce film beau et touchant et joliment naïf (et joli car naïf) alors que 1) la majorité de la presse l’a ridiculisé, et que 2) j’avais consacré pas mal d’énergie à décrier Le Village , précédent film de Shyamalan, à cause d’une conclusion qui me paraissait ultralourde et que 3) cerise sur le gâteau, l’une des beautés de La Jeune Fille de L’Eau me paraissait être celle de résumer habilement les diverses thématiques de l’œuvre de Shyamalan alors que paradoxalement je suis loin d’adhérer à cette œuvre dans son ensemble.
Bref, tout cela s’annonçait des plus compliqués. (Je ne souhaite vraiment à personne une vie aussi difficile que la mienne).
Et puis là, au milieu de ce brainstorming aussi douloureux que futile, un détail présent jusqu’alors seulement en arrière-fond s’est fait de plus en plus pressant, s’est imposé de façon toujours plus insistante. Mais mince alors, elle est magnifique cette chanson du générique de fin . C’était un morceau assez minimaliste qui tient sur presque rien, un faible larsen, des notes éparses de piano, une voix tremblante, un discret chœur d’enfants. Mais ça fonctionnait parfaitement, comme une comptine surnaturelle qui clôt un chapitre de conte de fées et qui chuchoterait doucement : « ne t’en fais pas, tout ira bien maintenant « . Un moment de grâce miraculeux, en suspens. Sapristi, c’était beau comme les plus beaux morceaux intimistes de Spiritualized .
J’ai lu le générique jusqu’au bout pour trouver l’auteur du morceau mais rien de concluant, si ce n’est la mention de 3 reprises de Bob Dylan que je n’avais même pas remarqué pendant le film… Sauf que… Non, c’est pas vrai…
Ah ben si, voilà, le morceau venait de s’achever et je venais enfin de comprendre… C’était une reprise de The Times They Are A-Changin’ … Et je ne l’avais même pas reconnu…
Là, tout seul dans mon coin dans la salle, j’avais un peu la honte, autant vous le dire franchement. Mais j’avais le sourire aux lèvres comme à chaque fois que l’on tombe sur une pépite.

Cette reprise est donc l’œuvre d’un groupe venu du Minnesota nommé A Whisper in The Noise , mené par un certain West Dylan Thordson. Leur biographie s’avère alléchante et pleine de promesses puisque leur 1er album fut produit par Steve Albini et qu’ils ont déjà fait des 1ères parties pour Arab Strap et Mogwai. Tiens donc…
Cette reprise figure sur leur nouvel album paru il y a quelques mois, As the Bluebird Sings , dont le style dominant est nettement plus… percutant. S’ils présentent eux-mêmes leur musique comme du « bastardized orchestral garage rock » (yeah), on pourrait tout aussi bien voir ça comme du post-Tom-Waits, évoquant aussi bien un cirque baroque danny-elfmanesque que du Nick Cave expérimental, en passant parfois par le post-rock Montréalais (et ça ressemble aussi pas mal à Black Heart Procession maintenant que j’y repense). Autant dire que l’on est dans une musique plutôt atmosphérique et biscornu, volontiers angoissante et écorchée, avec un goût certain pour la démesure et les visions de cauchemars. Au premier abord, je trouvais tout ça plus original et singulier que réellement convaincant mais au fil des écoutes, je commence à trouver de la cohérence dans ce désordre et des vertus obsédantes sur lesquels je me surprends à revenir plus fréquemment que prévu. Et un morceau comme Until The Time It’s Over est tout simplement renversant.
Quant à la reprise de The Times They Are A-Changin’ , elle est ici aussi placée en bout de course. Mais comme ce qui l’a précède est diffèrent, c’est comme si elle n’illustrait pas la même chose, comme si elle n’avait pas tout à fait la même tonalité. Ici, après des cris d’angoisses et des plages de solitude, elle apparaît comme une vague mélancolique qui emporte tout, comme un repos du guerrier bien mérité, celui où le narrateur a enfin fait la paix avec ses démons et constate qu’une ère s’éteint pour laisser progressivement la place à une autre, c’est une fin qui se superpose à un début. A un nouveau début.
C’est comme si elle n’avait pas la même tonalité mais elle a la même saveur. Elle est toujours aussi belle.
PS : comme l’indique le titre de ce billet, cette rubrique pourrait être amenée à revenir, au gré des découvertes ou des envies. Peut-être, peut-être, on verra.





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