La Blogothèque

Dolorian

Jusqu’à il y a quelques semaines, je n’avais aucune honte à réduire le death-metal (ou black-metal puisque, malgré les explications fournies par un lecteur de la Blogothèque, je reste un peu perdu) à ça, ça ou, à la limite, ça : de la musique grand-guignol joués par des grands baraqués couverts de tatouages, un tapis ininterrompu de guitares saturées, de borborygmes à peine humains et de batterie ultra-rapide, le tout entrecoupé de temps à autre par des nappes de synthés Bontempi et des ululements de Walkyries aux cheveux jais couvertes de voiles blancs et vaporeux. Le death-metal, c’était aussi pour moi un vivier de personnalités attachantes, telle toute la bande des joyeux drilles de Mayhem (petit résumé de leur biographie ici), qui réconcilieraient le pire misanthrope avec l’humanité.

Pour le dire autrement, j’ai toujours trouvé le death-metal un peu grotesque et, comme tout ce qui est grotesque, je le considérais avec une curiosité amusée. C’était typiquement le genre de choses auquel je pouvais m’intéresser occasionnellement et “ironiquement” mais qu’il ne me serait jamais venu à l’idée de prendre au sérieux. Pourtant, je suis depuis plusieurs semaines obsédé par un disque de death-metal, Voidwards de Dolorian , découvert au détour d’un billet de Music-for-robots. Disons-le tout de suite, cette obsession est moins étonnante que ce que l’on pourrait croire de prime abord puisqu’elle provient en grande partie du fait que cet album ne ressemble pas à l’idée que je me faisais du death-metal, même s’il en conserve indéniablement certaines caractéristiques. En fait, je serais tenté de décrire ça comme un croisement entre l’écriture de Mogwai (ou du premier album de Tortoise ), les sonorités de guitares et les voix mi-susurées, mi-hurlées typiques du death-metal. Le mélange semble a priori contre-nature mais il fonctionne très bien.

J’ai depuis appris que le groupe était finlandais, qu’il avait sorti en tout trois albums et était un des représentants d’une branche annexe, plus lente et contemplative, du death-metal, le “doom-metal” (ce qui le rapproche un peu du ‘doom-drone’ de Sunn O))) , déjà l’objet d’un précédent billet ici-même). Personnellement, le terme “doom-metal” ne me parle guère et je serais tenté de créer un nouveau mot pour désigner ce genre : le “post-death” par exemple, terme qui, raffinement extrême, décrirait aussi implicitement le caractère spectral de cette musique (oui, bon, et si ça m’amuse, moi, hein ?).

Le morceau que je voulais vous proposer, The Flow of Seething Visions , est sans doute celui qui, sur l’album, sonne le moins “metal”, sans doute parce que les voix y sont absentes. On y trouve même une petite guitare que je serais presque tenté de qualifier de “flamenco”. Il ne donne cependant qu’une idée imparfaite de ce qu’est l’album dans son ensemble. C’est pourquoi je vous propose également la plage d’ouverture, sans doute moins intriguante mais plus représentative et plus courte, Dual-Void-Trident .

A la semaine prochaine, je m’en vais sacrifier des chèvres au clair de lune.