On a tous nos vilains défauts. L’un des miens, moi qui suis un gars qui écoute à 70% des musiques issues de ce que nous appellerons par commodité le rock indépendant, est de n’avoir jamais été hyper sensible à ce que la rumeur a baptisé la lo-fi, là aussi par commodité. The Moldy Peaches exceptés, j’y vois au mieux le stade premier de quelque chose qui sera amené à devenir bon un jour, au pire une étiquette qu’on s’enfonce sur le front pour « faire indé » et qui enfante un je-m’en-foutisme détestable. Les années passant (bientôt trente ans…) ont fini par me convaincre qu’une bonne chanson était mieux mise en valeur par une prise de son, une exécution musicale et une voix un minimum soignées, et tant pis si ça ressemble au bon sens près de chez vous.

Cet été, j’ai trouvé l’exception qui confirme la règle. Ça s’appelle Shrimp Boat . L’album, Speckly , a une histoire à rapprocher du Tigermilk de Belle and Sebastian : 1000 vinyles vite envolés, un statut cultissime à Chicago et bientôt ailleurs, puis un transfert «avec amour » (selon le sticker) des bandes originales sur les plages d’un CD. En 1989, j’étais trop jeune et ignorant pour connaître, mais 2005, ère de la réédition à outrance, a tout changé. Sur le papier, ça en jette : Shrimp Boat est tout simplement le premier groupe de Sam Prekop , le leader the Sea and Cake , et auteur lui-même de deux formidables essais. Dans les biographies officielles, l’émergence Shrimp Boat est décrite comme l’acte fondateur du post-rock tel que Tortoise, un groupe ami, l’incarnerait pour tous dix ans plus tard.

C’est très satisfaisant intellectuellement mais ça ne résiste pas à l’écoute de la musique de ce coup d’essai : fraîcheur absolue, solos improbables de débutant, absence de trucage, pas du tout en place rythmiquement, profondément naïf, le son de Shrimp Boat est celui que nous aimerions tous avoir eu avec le groupe de nos vingt ans. Il y a ce sax, profondément désaccordé, qui jure franchement, mais on reste plus près de la blague de potache que du free jazz ambitieux appliqué aux groupes à guitares. C’est de la pure lo-fi de luxe et c’est irrésistible.
- Les pages très documentées sur Shrimp Boat semblent rares, mais le label du groupe, Aum Fidelity, propose d’écouter des extraits de morceaux sur real player. Ça donne au moins un avant-goût…
- Le weblog The Of Mirror Eye est fan, et propose 3 mp3 rares du groupe, deux lives et une superbe petite démo.
- En 2004, la blogothèque parlait avec passion d’un ami de Sam Prekop, Archer Prewitt.





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