La Blogothèque

L’invité : Blutch

Après avoir recueilli les play-lists de musiciens, la Blogothèque a décidé d’aller fouiller chez des auteurs de bande dessinée pour découvrir à quels rythmes ces derniers noircissent leurs planches. Premier invité : le divin Blutch.

Blutch est un auteur à part entière dans le monde balisé de la bande dessinée contemporaine. S’il a dès ses débuts choisi le noir et blanc comme mode d’expression (à une exception près : l’étonnant Vitesse Moderne ), c’est pour mieux en détourner les codes et en repousser les limites. Surtout connu pour ses récits les plus narratifs (Le Petit Christian , Blotch , Mademoiselle Sunnymoon ), on lui doit également des travaux plus expérimentaux, comme la série de comics Mitchum ou le récent C’était le Bonheur . Son style peut être qualifié de “free” en hommage à un genre qui le passionne : Total Jazz , paru en 2004, compile les pages qu’il a réalisé sur le thème. Pour la Blogothèque, il nous livre un instantané de sa discothèque.

Walt Dickerson : To My Queen Revisited (1978)

Un de mes musiciens préférés, un vibraphoniste de jazz né en 1931 et très actif dans les années 60/70. Pour l’anecdote, un des seuls disques sur lequel Sun Ra ne joue qu’en tant qu’accompagnateur est un disque de Walt Dickerson. C’est d’une sensualité folle. Il dit tout ce que j’ai envie d’entendre.

Phil Woods (and European Rythm Machine) : Stolen Moment (1968)

Un saxophoniste alto de la même génération que Dickerson, qui s’est installé en France à la fin des années 60. C’est un disciple de Charlie Parker qui s’est affranchi du modèle. En ce moment, j’écoute beaucoup ce disque, enregistré à Paris, et qui est tout bonnement incroyable, avec Henri Texier à la contrebasse, Daniel Humair à la batterie et George Gruntz au piano.

Grandmaster Flash : You Are (1982)

Une ballade super langoureuse qui n’a rien à voir avec « The Message », et qui se trouve pourtant sur le même album, juste avant. De toute façon, c’est un disque super hétérogène, qui contient à la fois de soul classique et des choses plus urbaines, voire des éléments du futur. Une espèce de condensé de la musique noire qui part dans tous les sens.

James Brown : Doing the Best I Can (1973)

Encore une ballade qui me plait beaucoup car c’est l’une des rares fois où James Brown arrive à se contenir tout le long du morceau : il ne s’énerve pas, il n’accélère pas le tempo… Ce n’est pas violoneux comme « It’s a Man’s Man’s World ». Il y a même une citation de « Mrs Jones » de Billy Paul à la fois, auquel « Doing The Best I Can » répond.

Chic : Good Times (1979)

C’est à la fois somptueux et simple, sans bavardage. Actuellement, je traîne beaucoup entre 1979 et 1982, mais ce n’est pas par nostalgie. Je pense que je n’aurai pas pu écouter Chic il y a dix ans. Je ne mangeai que du free-jazz à l’époque. J’avais développé une forme de snobisme, je n’entendais rien aux musiciens blancs, certainement par amour de la négritude. Si j’écoute encore beaucoup de musique, c’est toujours la même chose. Je creuse des artistes, j’écoute profondément, ce qui fait que je suis passé à coté de plein de choses. Comme Stan Getz, Chic ou Phil Woods.