La Blogothèque

Pete Dello: et si on se réconciliait avec la pop 60’s?

Pas facile de trouver un bon disque sorti dans les années 1960. Sacrilège ! Non attendez. C’est pas que cette période ne fut pas intéressante, mais lorsqu’on connaît par cœur les albums des Beatles, des Stones, des Kinks, du Velvet, des Beach Boys, des Remains, des 13th Floor Elevators, de Phil Spector, des Byrds, des Seeds, des Zombies, de Music Machine, des Harpers Bizarre, de Nick Drake, d’Otis Redding, des Supremes, de Love, des Lovin’ Spoonful, des Left Banke, de James Carr, des Count Five, de United States Of America, des Electric Prunes, d’Os Mutantes, de Sagittarius, des Silver Apples et même de Jackson C. Frank… (liste non exhaustive !) Qu’est-ce qui reste pour ceux qui comme moi font une fixette sur les 60’s ?

Il reste deux alternatives : soit on vire vieux con à arpenter les conventions de disques à la recherche d’un 45 tours des Beatles pressé à 200 exemplaires (10 000 euros au bas mot), soit on creuse le même sillon avec l’espoir -de plus en plus mince- de tomber à nouveau sur une pépite. Et ça tombe bien, j’en ai trouvé une y’a quelques jours : l’album « Into Your Ears » de Pete Dello. Un disque de pop 60’s sorti en… 1971. Un conseil au passage pour dénicher les raretés des années 60 : cherchez les dans la décennie suivante… C’est là qu’elles se planquent. Comme cet album de pop de chambre à la pochette assez hideuse -je le concède- signé d’un obscur songwriter anglais, ancien leader des gentils Honeybus, reconverti depuis dans le business de la bagnole de collection.

Pas un hasard cette reconversion tant « Into Your Ears » relève de la mécanique d’orfèvre. Les chœurs, les cordes, les guitares, les cuivres, le piano… Tout s’emboîte parfaitement sur ce disque à l’évidence mélodique folle. A tel point qu’on passe son temps à se dire : « putain, mais je la connais déjà cette chanson ! » Comme si les compositions renvoyaient à quelques vieux souvenirs perdus dans l’inconscient. Sur Taking The Heart Out Of Love par exemple on pense à Harry Nilsson, aux Kinks de la période Percy ou à quelques chansons oubliées de Colin Blunstone. Mais sans jamais vraiment retrouver les morceaux. Même chose sur Harry The Earwig. Un gimmick au piano, pour commencer, sur l’air de la Bostella (!) et une ballade très kinksienne au final agrémentée de quelques cordes discrètes.

L’album de Pete Dello est un disque fastueux qui n’est pas pour autant qu’une distraction de boudoir pour tea-time. Comme les disques des Zombies, « Into Your Ears » fourmille d’idées sous une apparente simplicité. La mélodie folky d’It’s The Way, l’intrusion d’une fanfare de trompettes sur Arise Sir Henry, le texte doux acide de A Good Song dans lequel Dello nous livre la recette d’une chanson réussie… qui cartonne dans les charts. Le Pete a dû en vendre 12 de ses disques…

Vous l’aurez compris, cet album est une curiosité musicale à se procurer absolument. Même s’il reste encore aujourd’hui difficile à trouver. L’original ne s’échange pas à moins de 500 dollars et la réédition se fait attendre en France. Le mieux est encore de se procurer l’import japonais sur Internet ou chez un grand disquaire parisien du VIeme arrondissement. Avant de se replonger pour de bon dans les albums des Beatles, des Stones, des Kinks, du Velvet, des Beach Boys…