La Blogothèque

Un lapin et des cousins

Lisa m’entraîne par le bras et me dit : « Dépêche-toi, Lapin Machin va commencer, mon frère les adore, ils jouent souvent aux open-mic le dimanche soir au Pop’in »… Le groupe est déjà sur la petite scène du Kitch’up, avenue de Clichy, et si je n’avais pas su qu’ils étaient parisiens, j’aurais très bien pu croire que Prewar Yardsale, pour lesquels ils ouvraient, les avaient ramenés de New-York dans leurs valises. Ils ont l’air très jeunes, chantent à tue-tête des refrains débiles comme We’re On Holidays And We Want To Go Away ou My Parents Died Last Night and Now I Feel Alright et s’accompagnent avec une batterie en carton.

Ils ressemblent à des cousins des Moldy Peaches, les déguisements en moins. Dans le genre hirsute et débonnaire, ils sont parfaits. Leur Cd est emballé dans un boîtier cartonné rafistolé au gros scotch, la typo inscrite au feutre imite celle de Metallica, et il y a au moins deux tubes dessus (et une petite vidéo tournée à la maison). Son écoute est profondément additive et donne furieusement envie d’aller brailler avec eux le 29 juin à Mains d’Oeuvre dans le cadre du Mo’Fo. Ils n’existeront peut-être plus dans six mois, n’ont sans doute pas de quoi remplir un album, et s’en foutent certainement. Et ça leur va à merveille.

Le lendemain, j’achète un autre CD-R dans une pochette photocopiée : c’est The Dirty Cousins Croixplosion Victim Of Its Success , la deuxième livraison d’un duo rennais anonyme, accompagné d’un booklet explicatif du concept. Deux grands malades passent à la moulinette des classiques du rock (18 au total): What Do I Get , London Calling , Teenage Kicks , mais aussi des titres moins connus de Beck, Daniel Johnston ou de The Fall. C’est cradingue et iconoclaste, ça sent la Converse fatiguée et la bière bouteille, et pourtant l’essentiel est là. Encouragé par le micro-succès d’un premier volume distribué à l’échelon régional, ils remettent ça dans le bordel et la bonne humeur, avec toujours autant de goût dans leurs choix que de saturation dans leur réinterprétation. Une petite bande dessinée, réalisée par un des cousins très influencé par l’Association (qui propose l’objet sur son catalogue de VPC) , fait office de making-of : on y découvre que leur son « cradingue et bricolé » est « largement accidentel » (ah bon ?). Les Dirty Cousins, comme Lapin Machin, dessinent des moustaches sur les photos de leurs idoles et leur font les dents en noir, mais ils ont compris que ne pas chercher à les copier est certainement la meilleure façon de leur rendre hommage.

Les Dirty Cousins seront Mercredi 7 juin au Bar le Nozdei (Rennes) à 21h30 dans le cadre du festival Périscopages 2006. Gratuit.