La Blogothèque

Richard Youngs

J’avais la ferme intention de vous parler cette semaine de Scott Walker pour célébrer comme il se doit la sortie de son nouvel album sur 4AD. Malheureusement, ce coquin de Scott avait omis (ooh, le vilain) de me signaler qu’il avait sorti dans les années 70 quatre albums maudits et totalement occultés de sa discographie officielle. Comme exhaustivité et rigueur sont les deux mamelles auxquelles la Blogothèque étanche sa soif d’excellence, je décidai donc de remettre mon billet sur Scotty à la semaine prochaine, histoire de me faire auparavant une opinion sur ces perles rares.

Malheureusement, le monde étant essentiellement une machine à créer de la frustration, cet accès de zèle fit en sorte que je me trouvai fort dépourvu, lorsque l’échéance fut venue. L’angoisse de l’écran blanc m’étreignit le coeur de ses mains froides et sans pitié et je me mis donc frénétiquement en chasse d’un sujet de remplacement. Heureusement, par le plus grand des hasards, j’ai découvert ce matin un album dont je ne savais absolument rien et que j’ai beaucoup aimé. Il s’agit de The Naive Shaman par Richard Youngs . N’ayant absolument aucun souvenir de comment ces chansons ont atterri chez moi, j’espérais pouvoir vous présenter la chose comme une découverte exclusive de la Blogothèque. Malheureusement, une simple recherche Google m’a vite fait comprendre qu’à peu près tout le monde en avait déjà parlé, des Inrocks à Wire et de Laurent Ruquier à Cauet (bon OK, peut-être pas Cauet).

En effet, Richard Youngs semble avoir déjà une belle carrière derrière lui (voir ici sa discographie, avec des gros bouts de mp3 dedans) et l’album que j’ai écouté ce matin est sorti depuis plus de six mois, autant dire une éternité en cette époque globo-mondialisée. Cela dit, à moins que Google ne me joue des tours, personne n’en a jamais parlé ici et je voulais donc partager avec vous cette belle découverte.

Les premiers mots qui me sont venus en tête pour qualifier cet album furent psyché-folk ouateux mais ça aurait tout aussi bien pu être world-ambient minimaliste, weird-pop Eno -esque ou Robert Wyatt ingambe.

Le morceau qui ouvre l’album, Life on a beam , est constitué d’une note continue (un drone donc) par-dessus laquelle Richard Youngs chante une sorte d’incantation dépressive d’une voix blanche et résignée tandis que percussions et guitares interviennent sporadiquement pour apporter un semblant de rythme. Cette description clinique peut donner l’impression d’une musique très simple, voire simpliste et il faut bien reconnaître que, si l’envie absurde me prenait de faire un inventaire systématique de tous les éléments sonores entrant dans la composition de ces 5 minutes, j’en aurais vite fait le tour. Pourtant, c’est typiquement le genre de morceau que l’on peut se repasser cinq fois de suite sans se lasser, en tentant confusément à chaque écoute d’en percer le mystère. Heureusement, ce dernier se dérobe, résiste et permet à la musique de conserver intact tout son pouvoir de fascination.

A la semaine prochaine avec, si tout va bien, une overdose de trémolos grandiloquents.