Les Canadiennes de Magneta Lane ont sorti un premier EP l’an dernier. Ca s’appelait The Constant Lover . Je suis passé mystérieusement à côté.
Enfin, presque à côté. On s’est frôlé. Je me souviens avoir vaguement écouté le morceau titre à l’époque, sans grande conviction. Et d’avoir lu la critique assassine qu’en avait fait Stylus, en hochant la tête d’approbation.
Un an plus tard, Magneta Lane sort donc son premier album. Le buzz sur les blogs se fait plus discret. Pourtant moi, mon avis sur le groupe a complètement changé : Dancing With Daggers
est une belle claque. Beau titre, belle pochette, belle claque : le compte est beau bon.
Les filles de Magneta Lane sont trois. Comme Sleater-Kinney, comme les Drôles de Dames. Et elles sont jeunes. Ca s’entend dans le disque. Elles ont la fougue et la fraîcheur de leur côté. Elles n’ont pas de temps à perdre mais aussi tout le temps devant elles. Elles ne s’encombrent pas d’ambitions farfelues. Ou d’arrangements pesants. Elles vont trop au but. Elles tapent fort. Elles jouent vite. Elles foncent. Sans calculs. Sans parachutes.
Il faudra aller voir ailleurs pour l’originalité. C’est du rock de facture très classique. Mais immédiat, tendu, acéré et abrasif. Comme du Prétenders revu et corrigé par Sonic Youth. Du rock’n'roll qui creuse toujours le même sillon. Qui s’impose à force d’insister. Chaque morceau est une course. Et chaque ligne d’arrivée appelle un nouveau départ. Ca avance en ligne droite et ça accélère. Et ça s’élève au lieu de zigzaguer.
A ce rythme là, l’album est vite bouclé. D’ailleurs, l’album est court. Dix morceaux. Bazardés en moins d’une demi-heure. Ca s’avale comme un shot de vodka : cul sec. C’est comme les montées d’alcool, son effet est un peu différé. Il commence à titiller le cortex une fois qu’il est bien entamé. Et son fantôme s’agite encore, une fois l’écoute bouclée. C’est comme ces flashs d’appareils photo et ses zébrures qui s’impriment temporairement sur votre pupille. C’était fugitif mais les traces du forfait subsistent longtemps après.
Il y a autre chose qui marque chez Magneta Lane. C’est la voix. Il y a un truc spécial dans la voix de Lexi Valentine. Un truc qui n’était pas notable sur le EP. Aux 1ères écoutes, c’est comme une absence. Ou plutôt une distance. Elle est omniprésente mais inatteignable. Elle est urgente mais posée. Intense mais atone. Fiévreuse mais froide. Comme si elle était en fuite mais qu’elle avait les pieds cloués au sol. Comme si elle était en fuite mais qu’elle n’y croyait pas vraiment. Il y a une pointe de désenchantement dans ce chant. Mais un désenchantement plein d’ alan.
C’est contradictoire ? Oui mais comme le disque. Si ça marche, c’est instantané mais ça peut durer longtemps.
Depuis j’ai réécouté le EP. Je hoche la tête d’approbation sur The Constant Lover. Et j’ai relu vaguement la critique assassine de Stylus, sans grande conviction.
Je crois que j’ai bien fait de changer d’avis.





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