J’avais promis il y a quelques semaines une petite série ‘brazilian groove’. Judee Sill est passée par là et a piétiné tous mes petits plans, laissant des milliers de malheureux silencieux dans le plus grand désarroi. Nous y revoilà donc. Initialement il n’était pas question de repasser par la case Ed Lincoln, mais tant pis, je ne me sens pas de vous servir du réchauffé pendant que je m’éclate à l’écoute de ces morceaux.
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Il y a eu un avant chez Ed Lincoln, une phase de musicien sérieux. Et que je te joue de la basse avec Luiz Eça un des plus grands noms de la MPB, membre du Tamba Trio, et arrangeur, entre autres du premier Nascimento, du premier Edu Lobo, et que je m’assoie au piano avec Luiz Bonfá, un des pionniers de la bossa nova. Puis Ed Lincoln s’est mis à son compte pour investir le champ de la musique ludique et nerveuse, orgue en fête, avec un savoir-faire musical hérité de toutes ces années d’apprentissage. La preuve avec cet album de 62 au design superbe, à la stéréo Formidable. La rencontre avec Orlann Divo n’a pas encore eu lieu, pas de brin de folie funky donc mais le disque exhale ce délicieux parfum plein de fraîcheur des innocentes sixties au pays du samba (je dis ‘du’ pour faire puriste, vous pouvez continuer à dire ‘de la’), une vraie cure de jouvence. En prime une Leçon de baion comme on n’en fait plus. Le français, c’est exotique, ça enchante et puis j’en avais marre d’être le seul à ânonner
Apprenez la leçon
Dansez le baion
Allons-y dansons
Ah! Que c’est bon!
A votre tour maintenant. Ah que c’est bon.
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On en parlait la dernière fois : Ed Lincoln a navigué dans les eaux troubles de la MPB bis avec un mépris jouissif pour la bienséance sonore. Aidé de sa bande de potes (on dit comme ça) il a publié plus d’album que réellement raisonnable sous une multitude d’appellations – De Savoya combo, Claudio Marcello, les 4 cadillacs, j’en découvre tous les jours – les mêmes disques étant souvent sortis sur plusieurs labels sous des noms différents. Bref, de vraies méthodes de voyou du disque qui demandent parfois une certaine indulgence. Pas de ça avec l’album de 1971, sans réel titre, arrangé avec l’aide de Jose Roberto Bertrami (Azymuth, également arrangeur de Previsão do tempo
). Un des tous meilleurs avec une pochette des plus géniale, ces mains en contre plongée qui troublent le clavier d’ondelettes ‘Ed Lincoln’. La furie de 68 chassée par un vent blaxploitation a laissé la place à une musique plus chatoyante et en même temps nettement plus funky : guitares wah wah, claviers moelleux, effets electroniques. Et toujours ces hymnes à l’unisson, ces mélodies évidentes balancées négligemment qui finissent en quelques écoutes par ponctuer votre respiration, ces instants cornichons indispensables qui font oublier à quel point tout est en place et merveilleusement joué .
Sur ce je vous laisse vous débrouiller avec Se vôce quiser , histoire de voir si vous résistez à la coolitude qui s’en dégage, à son début James Brown, à la ligne de basse plus ronde de la Terre, au méchant break de batterie, aux reverb de guitare ? de clavier ? sur une rythmique façon Rolls. Le tout signé Orlann Divo.





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