La Blogothèque

Que sont les synthétiseurs devenus?

La pop synthétique est en ce moment dans une mauvaise passe et l’amateur qui partirait en chasse de représentants contemporains du genre en allant prospecter son habitat naturel (c’est-à-dire le classement des meilleures ventes de singles, téléchargement légaux, sonneries de GSM, klaxons de tuning, bande-son de jeux vidéos et toutes ces choses qui font mourir le single à petit feu) reviendrait amèrement déçu de son expédition. Tous les indicateurs semblent indiquer que, à quelques rares exceptions près (un single sur quatre des Sugababes , le dernier album de Madonna , Gabriel de Najoua Belyzel ), le genre ne fait plus recette, même en Angleterre ou en Allemagne, historiquement ses deux plus gros marchés. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à voir la scandaleuse indifférence avec laquelle fut accueilli l’album de Rachel Stevens [Brrlouumm-brloumpfff, comme l’aurait dit le regretté Monsieur Wilkinson, mais bon, il faut savoir raison garder et sang-froid conserver (comme disait Chichi). Il ne sert à rien de ressasser ses vieilles blessures. Tout ce qu’on risque, c’est de les rouvrir. Il sera toujours temps de grommeler et/ou maugréer (selon les affinités de chacun) si le nouvel album des Pet Shop Boys venait à ne pas rencontre le succès qu’il mérite (je ne saurais d’ailleurs trop vous conseiller d’aller écouter Integral [ici et de vous précipiter sur l’album à sa sortie).]].

Pourtant, si le genre a perdu depuis quelques années la majeure partie de sa visibilité médiatique, il ne se porte pas si mal que ça à l’abri des projecteurs et l’amateur peut, en fouillant un peu le web trouver de quoi assouvir sa soif de synthés clinquants et de mélodies accrocheuses. Pour des raisons essentiellement démographiques, la pop synthétique contemporaine la plus intéressante se mêle souvent d’une esprit camp très appuyé (citons par exemple une chanson comme Make you come par Bimbo Boy [Sa page myspace est [ici et, comme par hasard, je découvre qu’il est suédois.]]) et parfois d’une touche d’attitude punk comme par exemple sur What Makes A Girl Fierce? des anglais de Fierce Girl , dont les deux singles de 2004 n’ont malheureusement jamais connu de suite.

Pour des raisons assez mystérieuses (l’héritage d’Abba et du studio Cheiron je suppose), la Scandinavie est devenu depuis une dizaine d’années La Mecque de la pop synthétique. D’un côté, nous avons la Norvège (Norway, one point) avec, par exemple, Annie dont il a été abondamment question un peu partout l’année dernière, de l’autre la Suède (Sweden, four points) [Le moment me paraît opportun de rappeler l’existence des antennes [anglophone et francophone de l’OPAS (Office pour la Promotion des Artistes Suédois). Sur cette dernière, vous pouvez notamment découvrir My Apologies de Mr Pedro , qui rentre parfaitement dans l’esprit, légèrement dérangé, de ce billet.]] avec des groupes comme Bodies Without Organs – une spin-off des kitschissimes Army of Lovers [Mais si ! Souvenez-vous d'[Obsession et de Crucified .]] (deux titres à écouter ici) -, The Knife ou Le Sport . Ces derniers font clairement partie de la tendance camp de la pop synthétique contemporaine et leur album comporte des chansons aux titres aussi évocateurs que If Neil Tennant was my lover ou Show me your penis . Le groupe est par ailleurs responsable de Your Brother Is My Only Hope , une de mes chansons préférées de ces six derniers mois : une mélodie toute en relief (pas si simple à chanter d’ailleurs, essayez pour voir), un petit pont trognon comme une pomme dévorée à pleines dents par une jeune fille en fleur au bord d’une rivière serpentant au coeur du printemps naissant, une reprise dépouillée du thème et un final flamboyant tous synthés dehors. Une chanson parfaite en d’autres termes, selon mes critères en tout cas. Le haut coefficient de formidabilité de ce morceau confirme par ailleurs brillamment la loi générale que je me suis forgée sur la foi de deux exemples et selon laquelle toute chanson qui mentionne nommément James Joyce est forcément un chef-d’oeuvre (voir aussi Post Industrial Boys , de Post Industrial Boys )

Pour mon prochain billet, je tenterai de quitter le domaine de la pop, histoire de varier les plaisirs[[Je tâcherai aussi de mieux me contenir avec les notes de bas de page parce que cette prolifération de digressions en tous genres fait tout de même un peu désordre. Cela dit, j’ai deux excuses à faire valoir. Primo, j’ai toujours adoré ça et secundo, je viens juste de découvrir la fonction. Ca m’a fait la même chose quand on m’a offert mon premier marqueur fluo à 8 ans.]].

Bon week-end.