J’ai l’impression que Gomez a toujours été là.
Quand je dis là , je veux dire, dans ma vie.
Tout a commencé au début de l’été 98. J’étais enfermé chez moi, crevant de chaud, abruti par la chaleur étouffante, mais – et c’était le plus important – à l’abri de la lumière, ravagé que j’étais par le retour d’une aussi soudaine que mystérieuse et chronique allergie au soleil qui me provoquait, entre autres, d’insupportables démangeaisons au niveau des avant-bras, des mains et des oreilles. Ca me grattait, grattait, grattait et pour m’occuper – autant les bras que l’esprit – je passais alors mes journées à essayer d’arriver au bout de Tomb Raider 2 sur mon antique pc (je me souviens avoir eu beaucoup de mal avec le 1er niveau, à Venise, parce que je ne savais pas qu’il avait un bouton spécifique pour l’accélération du bateau, détail capital lors d’une course contre-la-montre insurmontable). Pour ne pas avoir à me lever – ce qui provoquait des démangeaisons et me faisait aussi perdre du temps dans mon tête-à-tête avec Lara – le même cd restait en mode repeat pour la plus grande part de la journée/semaine : c’était Bring It On , le 1er album de Gomez.
C’était mon premier contact avec leur musique et je m’en souviens parfaitement comme si c’était hier (même si j’ai bien du mal à croire que c’était il y a déjà
huit ans). Je l’ai écouté distraitement au départ puis il s’est insinué tout doucement en moi et j’ai fini par le connaître par cœur malgré moi, j’en connaissais toute les brisures rythmiques, les digressions, les intonations des refrains… Je crois que je l’ai connu par cœur avant de l’aimer mais j’ai tout de même fini par l’aimer de tout mon cœur.
Ensuite je suis parti en vacances avec un Discman et une poignée d’albums (c’était avant l’ipod, il fallait choisir consciencieusement les disques que l’on emmenait) dont ce Bring It On que j’écoutais religieusement tous les soirs avant de m’endormir. C’était comme une fontaine d’enthousiasme dans laquelle je pouvais venir me ressourcer quotidiennement en sachant qu’elle ne serait pas tarie le lendemain, comme un phare sur lequel je pourrais toujours compter pour m’orienter si je m’abîmais dans un océan d’ennui.
Il y a des disques qui marquent une existence, sans que l’on puisse toujours très bien expliquer pourquoi et Bring It On est pour moi l’un de ceux-là.
On a une relation comme ça, Gomez et moi. Comme tous les artistes que j’aime vraiment, un amas de souvenirs est agrégé à chacun de leur disque. Le plus souvent, ce sont des anecdotes qu’il n’y aurait aucun intérêt à échanger, aucune extravagance à écrire, aucune exaltation à lire. Parce que le charme que je leur accorde repose en partie sur leur trivialité.
A chaque disque est associé l’humeur d’une époque, l’effluve d’une période, certaines discussions, situations ou visages qui se sont dissipés dans le cours du temps telles des larmes qui disparaissent sous la pluie.
Ce n’est pas un parfum de nostalgie qui se mettrait en travers de mon appréciation des disques, non. C’est plutôt un supplément de poids, d’âme, que l’existence leur a fourni. Ces disques ont traversé ma vie (parfois à des moments cruciaux), ils l’ont imprégné de leur essence, et inversement.
A chaque fois que je réécoute ces disques, paf, cette bouffée de souvenirs m’envahit fugitivement l’esprit, puis à mesure que les chansons défilent, je me rappelle que j’aimais énormément ces disques et que c’est toujours le cas.
C’est une chose qui est vraie pour d’autres disques que ceux de Gomez, mais qui n’est pas vraie pour tous mes disques. Ca reste une chose assez particulière, assez remarquable. Du coup, ma relation avec leur musique est toujours restée assez intime.
Gomez sort ce mois-ci (en import) un 5ème album, How We Operate
. Je ne sais pas encore quels souvenirs lui seront associés à l’avenir, quels visages il invoquera quand je le remettrai sur la platine dans 2 ans. Mais je sais que c’est un disque que j’aime déjà beaucoup, qui m’a donné envie de réviser toute leur discographie. Certains nouveaux titres comme See The Worl
d ou Cry on Demand
ont déjà bénéficié d’écoutes intensives et n’ont pas fini de m’entêter. La formule n’a pas beaucoup changé : une sorte de blues-pop accrocheuse, à l’aisance mélodique impressionnante, agrémenté de quelques expérimentations rythmiques. Ce n’est toujours pas une musique qui change la vie mais qui l’accompagne fidèlement, qui lui donne du relief. Et c’est énorme.
Et c’est un album qu’il me tarde de voir défendu sur scène car pour revenir au rayon des souvenirs impérissables, les deux fois où j’ai vu Gomez en concert sont encore et toujours parmi les prestations les plus généreuses et marquantes qu’il me fut donné de voir.
Gomez, un grand petit groupe.





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