La Blogothèque
Concerts à emporter
#1

The Spinto Band

Deux petits gars chétifs et fatigués sont arrivés, ils nous ont suivis sans trop se réveiller. L’un d’eux portait une guitare noire c’était Nick. L’autre un anorak orange et une petite valise arrondie bien plus vieille que lui, c’était Thomas. C’était une boîte à merveille, cette valise : nous leur avons brossé le tableau, Thomas l’a posée à terre et l’a ouverte. Papillons, magie, un kazoo accroché à un vieux cintre rose désarticulé, un petit clavier, un melodica bleu clair, je ne sais plus quoi. Mais ça allait trop bien avec son anorak.

Nous avons arpenté les couloirs des sous-sols de la maison de disque, exploré la salle de ventilation, trouvé un petit coin au fond où jouer un premier morceau. Il le fut sans que les Spinto Band aient bien l’air de comprendre ce qui leur arrivait. Ils eurent l’air un peu plus à l’aise dans le couloir où ils jouèrent Brown Boxes. Vous verrez, l’intro au kazoo sent les 4 heures d’Eurostar, mais la magie prend. C’est fou ce qu’on peut faire avec un clavier, une guitare et un gros tuyau d’aération.

Dix minutes plus tard, nous étions dans la rue, cherchant un bar sympathique à Porte de Clignancourt. Merci au Royal Mont Cenis, son serveur à catogan qui a sans sourciller coupé le Unplugged d’Eric Clapton pour laisser nos deux post-ados du Delaware chanter Oh Mandy au fond de sa salle, devant un verre de vin et à côté de trois graphistes qui s’en fichaient comme de leur premier Photoshop piraté. Quand Thomas jouait sur son clavier, on entendait un petit choc sur la table. Ça rythmait. C’était notre premier concert à emporter. Personne n’a rien compris, mais on est partis heureux.