Et c’est reparti. Un nom passe par là, pour la première fois, un morceau sur ses traces. Puis le morceau reste, et prend plus d’éclat au fil des écoutes, et le nom revient. Et revient. Sur les mêmes sites en lesquels on a foi. Il prend le chemin de la hype, et on l’aime déjà parce qu’il s’en amuse. Parce qu’il le mérite sans doute aussi.
Sur son site, Beirut s’autocongratulerait presque de la « prerelease hype » qui entoure son premier album. Il avait eu les honneurs de Gorilla Vs Bear en février, il est aujourd’hui heureux d’être aimé de Said the Gramophone (« on nous dit que tout l’internet va là bas »), il prend le chemin des gloires éphémères de la blogosphère indie, tutoie les grands noms dans un déluge de références, qu’il a emmenées en balade à l’est, du côté des villes aux vieux ponts, des apéritifs trop forts, des mariages bruyants, des vieux à moustache et des trompettes tremblantes.

Je n’essaierai pas de citer de noms, il y en a eu déjà trop. Beirut, c’est un garçon avec plein d’instruments. Il s’appelle Zach Conlon, il est jeune et vit dans une ville américaine, Albuquerque. Quand il avait seize ans, il a bourlingué en Europe, a passé une nuit à l’étage d’une auberge serbe, à boire et écouter un orchestre local. Les mois qui ont suivi, il a séché les cours, il a recréé l’orchestre avec les instruments de sa chambre et un ordinateur. Il les a brassées dans sa culture pop. Tout fier de ne pas y avoir mis de guitare, il a enregistré un album, Gulag Orkestra . On en a entendu quatre morceaux, ils sont beaux. Ils sont plus que beaux, ils donnent de l’élan.
Postards from Italy
, le premier morceau à m’avoir accroché, c’est tout ça. C’est un garçon américain en vacances dans une vieille Europe chaude et sèche. C’est un touriste alangui qui savoure la chaleur d’une soirée avinée au son d’un orchestre vague et bringuebalant. Et qui peu à peu s’élève de sa torpeur, et à 2 minutes piles de la chanson, change le rythme, s’approprie l’orchestre, le ramène à la maison, y injecte sa propre mélancolie, en fait une mini épopée pop, une chanson américaine chaude de ses souvenirs méditérrannéens.
Son album, qui paraîtra le 9 mai prochain, est en commande sur le site du label Badabing (qui vaut aussipour avoir repêché le sombre et discret Greg Weeks). 12$, frais de port compris. Il est en route. Je prépare la terrasse et l’apéritif trop fort.





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