La Blogothèque

Our guest : Half Asleep

Half Asleep, alias Valérie, a sorti en 2005 un très bel album, (We are now) seated in profile , sorti sur Unique Records. Non contents de nous livrer un très bel objet et de superbes compositions, salués par la critique, l’artiste et son label ont de surcroît choisi de rendre le tout disponible au téléchargement, gratuitement, ici. De quoi l’essayer légalement, sans sortir son portefeuille. Et comme l’essayer c’est l’adopter, vous pourrez ensuite, ici, obtenir l’objet pour la modique somme de 10 euros. Et ainsi vous en délecter comme ce fut notre cas tout au long de ce rigoureux hiver.

Ce week-end, Valérie nous fait l’immense plaisir de partager avec nous une sélection riche de 5 titres choisis et commentés avec goût. Une autre manière de faire connaissance avec une artiste que l’on apprécie beaucoup et dont on vous reparlera, assurément. Bonne lecture et bonne écoute.


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Supreme DicksThe Arabian Song

Y’a des gens à Paris qui se battent pour l’habilitation des Supreme Dicks. Y’en a d’autres en Chine qui se battent pour la sauvegarde des pandas géants. Tout ça c’est très bien. Si ce n’est que les pandas, ça ne chante pas. Ou peut-être que ça chante, mais ça n’enregistre pas de disques. Ce sont les gens de Paris qui m’ont fait découvrir les Supreme Dicks. Si j’ai bien compris, les dicks étaient des philosophes-losers avec des t-shirt sales et des casquettes. Ils ont mis au monde trois espèces de disques au graphisme horrible et un ep inécoutable, ils ne répétaient jamais. The arabian song, c’est un peu un résumé de leur musique ; d’abord ça parle des eaux du Jourdain qui remontent le cours de leur lit, ça parle sûrement de Dieu – peut-être avec ironie, de la fin des temps, et puis des jeunes gens qui se la jouent cool, on ne sait jamais trop de quoi ça parle. Tout ce qu’on sait, c’est que les supreme dicks est le seul groupe à pouvoir superposer dans un même morceau des guitares noisy et une flûte à bec, tout en scandant des alléluias si tristes qu’ils ne peuvent pas vraiment être mystiques. J’ai toujours autant de mal à comprendre comment une telle musique peut exister, et puisqu’elle existe, comment elle peut m’émouvoir à ce point.


Jeanne LeeSometimes I Feel Like An Motherless Child

N’importe quel standard du jazz repris par Jeanne Lee aurait fait l’affaire. Simplement parce que c’est une de mes voix préférées. L’avantage ici, c’est qu’elle est nue, la voix est nue. On entend tout quand une voix est nue, ça c’est incroyable. Moi je trouve que c’est incroyable.


RodanThe Everyday World of Bodies

On peut dire tout ce qu’on veut, mais un groupe qui parvient à créer un morceau aussi admirable que The everyday world of bodies mérite le « respect éternel » (comme disait je ne sais plus qui). Malheureusement, ce que Rodan a obtenu après seulement un album, c’est le repos éternel. De toute manière on se remet rarement d’avoir atteint une telle perfection. Pardon, j’exagère sûrement. Le fait est, le fait est, le fait est, le fait est, le fait est, le fait est : que j’aime passionnément cet album unique de Rodan. Je m’en sers aussi comme outil de défense, contre ceux qui pourraient me reprocher de n’écouter que de la musique calme. Je leur dis, mais non, mais non, voyez, y’a Rodan. Y’a toujours Rodan d’ailleurs, il n’y a que eux. Et au centre de l’album, il y a ces trois longs morceaux labyrinthiques dont on n’aura jamais fini de faire le tour, avec l’incroyable everyday world of bodies, une longue pièce de douze minutes, précise, complexe et tranchante comme une lame de rasoir, je donnerais tout aujourd’hui pour l’entendre live.


Larkin GrimmHarpoon Baptism

Mon tout dernier coup de cœur. Vu en live récemment ; une baffe en pleine gueule. Alors je vous parle de la chanson. Surtout celle-là, avec le harpon ! Elle tourne sur ma platine, encore souvent, et puis dans la tête – depuis que je l’ai découverte, elle ne se fatigue pas, je ne sais pas ce que je vais faire pour l’en déloger. Quand je prends le bus, je chante «ha-a-a-arpooon », et puis dans le métro aussi, et dans le noir. En fait, ce que j’aime, c’est surtout le «poon » de « harpoon », vraiment doux comme elle le chante. J’arrive pas à le chanter aussi doux, mais c’est pas grave, parce que c’est pas ma chanson de toute façon. Et puis Larkin Grimm, elle, elle peut tout faire avec sa voix, elle peut crier, chuchoter, aller chercher les notes les plus graves dans le fond de sa gorge et la seconde d’après vous propulser cette caillasse suraiguë, elle peut rire ( !) et aboyer et imiter billie holliday, nous on ne peut pas l’imiter. Tout ce qu’on peut faire, c’est se taire.


ComusThe Herald

La musique folk vieillit beaucoup mieux que le rock. Voilà ce que j’ai appris : apparemment, la musique folk en anglais, ça ne veut rien dire, ou ça veut dire la musique des gens, et c’est à peine un style de musique. Trois gars qui chantent dans une cellule de prison, c’est de la musique folk, enfin je crois. J’ai longtemps hésité, pour ce dernier morceau, entre un titre de Bridget St John et cette épopée épique de Comus. Bridget St John est probablement plus importante pour moi, plus que Comus, oui. Mais quand-même, quand-même, je choisis the Herald. Ce n’est pas vraiment triste comme musique, un peu nostalgique, ça fait le tour du monde et évoque quelques immenses espaces naturels, mais sans mièvrerie, ça j’aime bien. Ce titre aussi. Parce qu’il est époustouflant, n’a pas pris une ride, et incarne exactement mon idée de la musique « des gens ».