Si toutes les préventes s’étaient écoulées depuis un moment, le site des Instants Chavirés laissait un dernier espoir de voir Deerhoof (prononcer « dirouf » et non pas « der_hof » comme l’imbécile que j’étais) : les dernières places seraient mises en vente le soir-même. J’étais arrivé une demi-heure avant l’ouverture des portes pour tenter ma chance. La rumeur qui courait le long de la rue Richard Lenoir parlait d’une cinquantaine de tickets. Et c’est au moment où je m’apprétais à acheter le mien que le sentence tombe : fin de la billeterie. Mon voisin est plus prompt que moi à faire péter le scandale : c’est vrai que ça fait 45 min qu’on attend sagement dans le froid et que plein de gens nous sont passés devant… A force de tractations argumentées et de chantage sentimental, une poignée de malheureux sont repéchés. Ouf. Cette chronique a failli s’arrêter là.
J’aurai bon dos de me prétendre fan de la première heure : si c’est la troisième fois que Deerhoof joue à Paris, je ne les ai découvert qu’en décembre dernier, suite au plébiscite décrété par les bloggeurs autour de leur septième album « The Runners Four ». Et je me suis pris une grosse claque dans la gueule, notamment grâce au single Wrong Time Capsule. Je me prépare à m’en prendre une autre ce soir, et j’en ramasse deux. Le groupe de première partie, Chocolate Billy, est excellent. Essentiellement instrumental, il secoue la salle tel un éléctro-choc, notamment en raison de l’exceptionnelle presénce scénique d’un des deux guitaristes, un barbu en transe d’un bout à l’autre du set. Post-rock ? Prog ? Chocolate Billy, à la manière des groupes du label Skin Graft, brouille les pistes. Un spectateur leur lance des carrés de chocolat qu’ils redistribuent à la salle. J’en reçois un : blanc avec des noisettes. Qu’ils soient français, pour détourner Christophe Conte, devient purement anecdotique.

Une caméra numérique filme la soirée qui est projeté en simultanée sur un des murs de la salle : c’est une intiative d’autant plus louable que Satomi Matsuzaki, la chanteuse de Deerhoof, a du mal à rivaliser au niveau taille avec le reste de son groupe. Mais l’image vidéo permet aussi de mieux se rendre compte de l’incroyable jeu du batteur Greg Saunier qui, assis très bas, conjugue à la fois précision et intensité. Leur répertoire donne l’avantage aux morceaux les plus secoués, négligeant les titres en demi-teinte du dernier album (c’est mon seul grief). Sur « Milk Man », les Instants chavirent sous le coup d’un pogo des familles. Depuis combien de temps n’avais-je pas assisté à ça lors d’un concert ?
Ils reviendront deux fois, rappelés par un public chauffé à bloc refusant de quitter la salle. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas partout (ils jouaient la veille à Genève devant 25 payants). Pourtant, partout où Deerhoof passe, leur rock débridé fait l’unanimité. Je ne vois pas quoi leur balancer la prochaine fois qu’ils reviendront : et pourquoi pas des fleurs, tout simplement ?
Bonus : Pradoc nous avait signalé en janvier dernier ce petit extrait live qui donne un bon aperçu des performances du groupe.
Bonus 2 : Vincent Moon a aussi une vidéo live des Deerhoof, prise le soir même. D’ailleurs son blog entier, Les nuits de Fiume est passé à la vidéo.





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