Globalement, dans l’histoire de l’humanité, chaque génération a cru bon de se reproduire. C’est au tour de la mienne. Depuis le 31 décembre dernier, mes guitares et mes disques ont un héritier légitime. Une question m’obsède, puis une autre sur laquelle votre aide et votre culture me sera précieuse, chers lecteurs. La première : quelle sera l’influence sur mon petit Hélio des montagnes de CDs qui trônent dans son appartement ? M’aura-t-il rattrapé dans l’érudition à huit ans ? Ou, par un phénomène de rejet bien connu, finira-t-il pas s’intéresser à tout dans la vie, sauf à la musique qui change celle de son papa ? Ce n’est pas une hypothèse d’école : la fille de Philippe Manœuvre n’écoute que du rap (Philippe, tu as tout mon soutien). En attendant l’heure des premiers choix et des conflits qui en découlent, (« Hélio submarine », comme mes amis le surnomment, finira bien par avoir l’âge d’écouter le genre de trucs qu’on faisait subir à nos parents entre 4 et 12 ans), je me régale à observer les réactions du petit bonhomme à ce qui passe par son oreille.

La première impression est prodigieuse. Il reconnaît les chansons que ses parents lui chantaient avant sa naissance. Pour le reste, je ne sais pas s’il apprécie tout, mais il réagit à tout ce que la chaîne familiale diffuse. Le jazz lui plaît (Davis, Coltrane, Mingus lui font faire les gros yeux). Le rock n’roll encourage son bassin et ses cuisses sur la voie de primaires contorsions (un jour qu’il était tout calme, Bonnie and Clyde l’a électrifié). Et surtout, le piano a des vertus exceptionnelles sur son calme et son attention. Arrêtez d’en vouloir aux industriels qui garnissent tous les jouets premier âge de boîtes à musique aux mélodies aussi obsessionnelles qu’ultra aiguës : les bébés (le mien, en tout cas), adorent ces sons. Chopin, Debussy, Monk, Satie, Jarrett : j’ai tout essayé, tout finit par marcher. Un jour, au moins une fois, ces grands ancêtres ont fini par apaiser un gros chagrin, rythmer une têtée trop énervée ou montrer la voie du sommeil.
Entre tous, un disque s’est imposé comme le sien : Solo Piano de Gonzales . Du moins, les morceaux à dominante aigue (la plupart) de cette pépite, parue en 2004, qui reste la vitrine du courageux label No format. Le manifeste de ces seize remarquables pièces : « On dit que le piano est l’instrument qui permet de suggérer le plus grand nombre de couleurs, il est pourtant noir et blanc, comme un vieux film muet. Fixant mes deux mains du regard, j’imagine que chaque pièce est une ombre chinoise se déployant sur un mur . » Cette phrase me fait étrangement penser aux grands yeux que mon bébé est capable d’adresser à un pan entier de mur, comme halluciné par les formes qui s’y déploient. Un doute me secoue à la lecture du commentaire de Gonzales : son disque a-t-il été enregistré uniquement pour combler les attentes d’Hélio vis-à-vis du monde sensible ? Je souhaite en avoir le coeur net, et là surgit ma deuxième question : voyez-vous, cher lecteur, un autre disque dans la veine de Solo Piano , ni vraiment pop, ni tout à fait classique, capable de plaire autant aux tous petits et aux tous grands? S’il y en a d’autres, je suis preneur. Fans de Richard Cleyderman s’abstenir. Merci d’avance.
- Extraits de Solo Piano samplés sur le site officiel.
- La page de Gonzales sur le site de No Format.
- Gonzales sort un DVD (extraits sur le site) le 24 avril et sera en concert au Trianon le même jour.
- Tiens, on en profite. On vous fait gagner cinq DVD de Gonzales. Laissez bien votre adresse dans les suggestions, les cinq qui auront le plus séduit Rouquinho recevront un mail et par la suite, un DVD) .





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