Heureusement, El Boy Die a des copains. Heureusement, il tourne depuis longtemps, et comme tous les groupes d’aujourd’hui, il s’est fait une page sur MySpace. Parce que si j’en étais resté à la pochette de son disque, il serait resté un mystère. Son nom écrit au stylo doré sur un CD-R, et aucune autre info sur les feuilles minces qui entourent la galette que le nom de l’album et celui des chansons. Le disque était posé parmi tant d’autres sur la platine d’écoute de Ground Zero, et dès l’écoute de My Girl , le morceau d’ouverture, je savais que mes « 10 euros découverte » étaient pour lui. Même si je ne savais rien de lui.

Aujourd’hui, je sais qu’il est Français, qu’Herman Düne est son ami et que j’aurais eu mille occasions de le voir en concert. Aujourd’hui je trouve étrange qu’il me soit si longtemps passé sous le nez. Il s’est fait pousser les cheveux, la barbe, et pose en robe sur un sol brut, parfait petit Devendra. Mais cette filiation-là se limite au look (et à une première partie en 2004). Pour la musique, permettez-moi d’aller chercher un autre barbu.
Au fil des écoutes, Back in the silver summer woods
m’a rappelé ce que j’avais ressenti en découvrant, il y a dix grosses années, Vivadixiesubmarinetransmissionplot
(putain, je l’ai écrit de mémoire), premier album de Sparklehorse
. Même frissons parce que même franchise de la fêlure, même fragilité et donc même force de la voix. Surtout, même magie d’un équilibre, celui de chansons dont la splendeur s’appuie sur des brindilles. Onze ans plus tard, je reviens à Homecoming Queen
El Boy Die a une voix de roseau, très très aigüe, un rien tremblotante. Déroutante quand elle se présente à vous, elle prend ensuite aux tripes, et c’est une formidable actrice. Il y a certes quelques ratés, quelques chansons sur lesquelles El Boy Die chante comme un Bee Gee blessé. Mais il y a surtout du Neil Young des douces soirées, des chansons qu’on pourrait croire batifolant avec celles de Vashti Bunyan ou Pearls Before Swine, et même quelques petites décharges d’énergie.
Back in the silver summer woods est un album autoproduit. C’est aussi un album riche, cohérent, fort et exigeant. On tient quelqu’un avec ce garçon. Sur sa page, El Boy Die déclare chercher un label. Chères maisons de disques, vous savez où le trouver. Dépêchez vous donc. Il sera mercredi prochain au Pop In avec ses copains.





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