La Blogothèque

Bert Jansch

Peu de gens ont entendu parler Bert Jansch. Histoire de rattraper le tir, ceux qui le connaissent le portent aux nues – comme par exemple Neil Young, qui a déclaré un jour qu’il est le Jimi Hendrix de la guitare acoustique, ou encore Jimmy Page, qui ne s’en est jamais remis : “J’étais obsédé par Bert Jansch. Quand j’ai entendu son premier album, je n’arrivai pas à y croire. Il était totalement au-dessus du lot“. D’autres lui ont rendu des hommages plus complices, comme Donovan qui lui a dédié deux morceaux (« Bert’s Blues » sur Sunshine Superman et « House of Jansch » sur Mellow Yellow). Le plus discret est certainement un certain Nick Drake qui s’est beaucoup inspiré de son jeu à la fois sophistiqué et sensible. Programmé par Patti Smith lors du dernier Meltdown Festival à Londres, il a joué en compagnie de Beth Orton et Johnny Marr. Pas mal pour un parfait inconnu.

Sa discographie est touffue : cet natif d’Edinburgh enregistre des disques depuis 1965. On en compte pas moins de vingt-cinq, sans compter les live et les compilations. La légende veut qu’il ait enregistré le premier dans un appartement sur une guitare qu’il avait empruntée et qu’il ait cédé la bande au label Transatlantic contre 100 livres. C’est avec le groupe Pentangle, au sein duquel il va rivaliser avec un autre virtuose de la guitare (John Renbourn), qu’il va connaître un certain succès commercial : en mélangeant leurs deux cultures (le blues pour l’un, le folk pour l’autre), ils vont parvenir à un son original qui va marquer la scène anglaise (Fairport Convention arrive juste derrière, avec une formule plus électrifiée). A la séparation de Pentangle, en 1973, il reprend une carrière solo qu’il n’avait jamais entièrement délaissée, sans s’éloigner de ses racines. Et c’est peut-être en raison de cette intégrité artistique qu’il restera toujours dans l’ombre de beaucoup de ses disciples, à commencer par Led Zeppelin dont le « Black Moutain Side » s’inspire assez librement de « Blackwater Side », paru sur le troisième album de Jansch… Le talent de l’Écossais n’a jamais percé auprès du public pop, peu réceptif à la technique du picking dans laquelle il est passé maître. Le jeu de guitare est pourtant ce qui est le plus fascinant chez lui : Hervé Muller, dans les notes de pochettes de la compilation parue en 1973, le décrit comme « un modèle de finesse et de virtuosité discrète », une sorte de cousin éloigné de l’Américain John Fahey. Son chant, marqué par la tradition folk, peut rebuter : pourtant il n’aura fait que s’assouplir avec le temps, comme sur l’émouvant « Needle of Death » dont la douce mélodie tempère la gravité du propos (c’est son « Heroin » à lui).

Il n’a jamais cessé d’enregistrer, laissant rarement plus de 3 ans s’écouler entre deux albums. Il a également participé aux diverses reformations de Pentangle. Sur Crimson Moon, paru en 2000, il est accompagné par Johnny Marr et Bernard Butler. Hope Sandoval et le batteur de My Bloody Valentine figurent au générique du dernier en date, Edge of A Dream, publié deux ans plus tard, l’année de ses 60 ans. Il continue également à se produire sur scène très régulièrement, seul ou en compagnie d’une autre légende du folk anglais, Davy Graham. Sur lequel il conviendrait de revenir très prochainement…