Au milieu des années 80, John Fahey entreprend une psychanalyse : celle-ci lui permet d’éclaircir cette fascination / répulsion qu’il entretient depuis toujours avec les tortues et autres reptiles.
En 1959, il décroche un job de nuit dans une station service à Langley Park, Maryland. C’est le poste idéal pour
observer la vie des paumés et des alcooliques qui déambulent dans le seul endroit ouvert de cette ville rurale après que le soleil s’est couché. C’est aussi un matériau intéressant pour enregistrer son premier album, Blind Joe Death
, lorsqu’on est un fondu de blues primitif, passion qu’il a commencé d’assouvir depuis quelques années en allant sonner aux portes d’habitants de maisons retirées du Deep South et acheter pour quelques dollars des 78 tours de musique de colère et de désespoir.
En 1964, accompagné de deux amis, il se rend au Tunica County Hospital où ils se font recevoir comme des malpropres par Skip James, idole de Fahey. Malgré le choc de la déception, une poignée d’enregistrements (les seconds après ceux réalisés 34 ans auparavant) se retrouvent sur Skip James Today ! sorti un an plus tard.
Ces quelques anecdotes sont tirées d’un long article signé par Edwin Poucey pour le mensuel britannique The Wire
dans son numéro d’août 1998. Je me rappelle très bien y avoir trouvé une sorte d’étrange consolation au retour d’un voyage raté à Londres : ayant manqué des amis que je devais retrouver là-bas, je fis l’aller-retour dans la journée après avoir déambulé dans cette ville comme si je l’avais toujours connue. Je n’oublierai jamais la mine de la guichetière de Waterloo Station à qui j’expliquai en fin d’après-midi qu’ayant tout vu de cette ville, je n’avais plus rien à y faire et que j’étais prêt à payer le prix fort du supplément qui me permettrait de retourner sur-le-champ à Paris. Arrivé chez moi à la nuit, je constatai que j’avais laissé la lumière allumée.
Quelques jours plus tard, dans l’impossibilité de trouver un disque de Fahey, je fis tout de même l’acquisition d’une de ces anthologies qu’il avait le bon goût de réaliser et de publier sur Revenant records (le label qu’il fonda en 1996 avec Dean Blackwood), American Primitive Vol. 1 Raw
De même que tous ceux qui ont acheté The Velvet Underground and Nico à sa sortie ont songé à se lancer dans la musique – si petit fût leur nombre -, il existe quelque part une constellation dont l’astre principal est John Fahey, entouré d’étoiles nommées Jim O’Rourke, Glen Jones & Cul de Sac, Derek Bailey, Sonic Youth, musique concrète, Skip James, Bukka White, Charley Patton, Dock Boggs, Harry Smith, Bartok, Ives…etc.
L’avantage de celui qui ne connaît pas encore Fahey, c’est de pouvoir s’y plonger et d’y découvrir des airs oubliés, voire des mélodies qui sont apparues bien plus tard – comment ne pas entendre par exemple Song #3 comme un Teenage Riot en devenir ?
Les quelques titres ci-dessous sont un aperçu d’une œuvre immense, entre explorations obstinées de thèmes accoustiques et aventures soniques plus récentes. On en recommandera l’acquisition et la découverte patiente dans son ensemble.
Né en février 1939, Fahey est mort en février 2001.





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