Comment t’es tu retrouvé à travailler avec Sony ? Quels ont été les facteurs décisifs qui t’ont convaincu de les laisser utiliser “Heartbeats” ?
Lorsqu’ils m’ont contacté, ils m’ont donné tous les détails sur le produit et le scénario. Puis, quand j’ai vu le spot, j’ai trouvé ça très beau. L’autre chose qui m’a décidé est qu’il n’y avait aucune voix par-dessus la musique. J’ai ensuite contacté The Knife (ndlr : auteurs de la chanson originale reprise par J. Gonzales) pour savoir s’ils étaient d’accord. Le fait que Sony soit une compagnie plutôt neutre a joué, même si le fait qu’elle soit une multinationale peut aussi poser certains problèmes. L’aspect visuel a été déterminant mais aussi un autre facteur : bosser avec eux signifiait bien sûr empocher une grosse somme d’argent !
Tu es en ce moment en tournée et en promotion pour Veneer , un album qui contient des chansons qui datent de 2003. Reflètent-elles encore la musique que tu souhaite faire aujourd’hui ?
Veneer est un témoignage unique de ce que j’étais à l’époque. Mais en le réécoutant, je n’en suis pas complètement satisfait. Sur certaines chansons, je changerais une partie des paroles ou quelques voix. Ca ne me dérange pas de les jouer live pour les gens qui les apprécie, même si c’est un peu étrange. Heureusement, celles qui marchent le mieux sont celles que je préfère. Je suis très fier de “Heartbeats” et j’aime également beaucoup “Crosses”, le prochain single.
En termes d’écriture, d’exécution et de production, Veneer est avant tout un travail en solo. Pourquoi cela ?
Si on veut mettre un peu de batterie par exemple, il faut un minimum de savoir-faire pour l’enregistrer proprement. Il faut donc aller en studio et faire appel aux compétences de quelqu’un. Mais avec juste une guitare et une voix, ça reste très facile. Comme je n’y connais pas grand-chose en technique d’enregistrement, mon ordinateur et deux micros cheap ont fait l’affaire. Et puis je crois que je suis un peu flippé, je veux tout contrôler, donc si je me retrouve avec un son dégueulasse ou un rythme pas terrible, au moins, cela reste mon truc personnel. Cela dit, on peut vite en venir à se sur-protéger, je pense donc que j’impliquerai plus de gens sur le prochain album et que je ferai certainement appel aux deux percussionnistes qui m’accompagnent en tournée. Mais je ne souhaite pas non plus avoir beaucoup plus d’instruments. Quant à avoir un producteur, ça ne pourrait que me gêner. D’habitude, je teste les chansons auprès de mes amis avant de les enregistrer, leurs réactions font donc à moitié le travail de production pour moi.
A propos de tes différentes influences, “Stay in the Shade” ressemble beaucoup à ce que faisait Nick Drake.
Je me souviens que lors d’un de mes premiers concerts, beaucoup de gens sont venus me voir à la fin pour me le dire alors que je ne connaissais pas encore ses disques. Du coup, je l’ai beaucoup écouté, particulièrement Pink Moon qui m’a influencé au moment de l’enregistrement : ce disque m’a montré qu’on pouvait très bien enregistrer un disque court avec juste de la guitare et des voix. J’ai vraiment essayé d’imiter son style sur “Stay in the Shade”.
Est-ce que Chet Baker est une référence consciente – je pense à la trompette qu’on entend sur “Broken Arrows”, la dernière chanson de l’album ?
Complètement ! Je l’ai moi-même enregistré puis l’ai fait écouté au trompettiste, le truc étant de la faire sonner comme du Chet Baker. Il a énormément influencé ma façon de chanter, tout comme Joao Gilberto – cette manière de chanter de façon très douce.
J’ai remarqué qu’à part “Born in the USA”, toutes les reprises que tu fais étaient à l’origine interprétées par des femmes.
A l’origine, je n’ai pas choisi “Born in the USA”. Un de mes amis avait organisé un concert avec sept groupes différents qui reprenaient tous la même chanson. C’est donc la seule reprise un peu étrange du lot. Mais je n’avais jamais pensé au fait que toutes mes reprises viennent d’interprètes féminines ! “Heartbeats” et “Teardrops” ont été faites très sérieusement à part peut-être “Hand on my Heart”, qui était un peu ironique, mais en fin de compte pas tant que ça. Je trouvais les paroles très bien puis la mélodie s’est trouvée modifiée et c’est devenu beaucoup plus sérieux. J’espère que ça sonne un peu comme lorsque Mark Kozelek fait des reprises d’AC/DC.
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En lisant ta bio, on apprend que tu as joué dans des groupes punk et hardcore, deux courants musicaux auxquels on ne t’associe pas vraiment.
Dès l’âge de 15 ans, j’ai joué de la basse dans un groupe punk influencé par Black Flag, les Misfits et les Dead Kennedys. Mais ça n’a duré qu’un an. Puis j’ai rejoint le groupe du type qui s’occupe aujourd’hui de mon artwork (il était batteur). On a joué du hardcore pendant 5 ans mais on a juste sorti un single et ça n’a pas été plus loin. Après, j’ai joué de la guitare électrique avec un groupe indie rock [Only if you call me Jonathan] : on a sorti un album et fait une tournée en Europe. Je pense que ces expériences ont influencé ma musique d’une certaine manière, par exemple le fait que je fais très attention aux sons de basse. Ces deux genres musicaux ont un côté direct qui manquent très souvent aux “songwriters” et c’est ce que j’essaie de recréer…
Je crois que tu aimes aussi l’electronica ?
J’écoutais beaucoup de house lorsque j’enregistrais “Remain”, la deuxième chanson de l’album, on y entend donc cette influence. Mais si je devais faire de la musique électronique, ce serait seulement dans le cadre d’un side-project. Pour l’instant, je travaille sur mon prochain album et j’ai envie qu’il soit aussi dépouillé que le premier.
Tu as aussi grandi dans un environnement musical très marqué par la musique latine, du flamenco à la bossa…
A l’origine, je voulais apprendre la guitare jazz, mais le professeur que j’ai rencontré connaissait seulement la guitare classique. J’ai alors pris des cours, une fois par semaine pendant trois ans mais c’est la seule éducation formelle que j’ai reçue. Quant au flamenco, je devrais réécrire ma biographie parce que je n’en ai jamais joué. Toutefois, beaucoup de chansons que j’ai apprises à la guitare classique étaient d’origine espagnole. Ma plus grande influence latine est Silvio Rodriguez, un chanteur-songwriter cubain. J’écoute toujours ses premiers albums de façon régulière et je les trouve vraiment bons. Mon père m’a beaucoup encouragé quand j’ai commencé la guitare. Quand il était plus jeune, il chantait dans un groupe folk argentin mais il n’a jamais joué d’aucun instrument, c’est pourquoi il était heureux que je me mette à la guitare pour qu’il puisse rechanter ces morceaux ! C’est comme ça que j’ai appris mes premières chansons bossa-nova.
D’où te viens ce son folk ?
Quand j’étais plus jeune, j’ai écouté pas mal de musiques sud-américaine, brésilienne, cubaine et argentine un peu, toutes écrites pour la guitare classique. J’ai toujours aimé Simon & Garfunkel et les chansons des Beatles comme “Blackbird”. Puis j’ai suivi pas mal de groupes indie dont les membres se sont mis à faire des trucs solo comme Jeremy Enigk de Sunny Day Real Estate ou Geoff Farina de Karate. Après, il y a eu aussi Cat Power et Songs:Ohia.
Pourquoi, alors que tu es un excellent musicien, n’as-tu pas choisi la voie instrumentale ?
C’est là où Junip mon side-project entre en jeu. Ce n’est pas strictement instrumental mais ça a plus ce côté monotone du beat, propre à la musique instrumentale. C’est tellement facile d’écrire des chansons, enfin pas si facile mais, d’une certaine façon, ça me vient plus naturellement. Pour ce qui est de faire des instrumentaux, j’y ai beaucoup pensé récemment et il se peut que j’en fasse dans un futur proche.
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Je me demandais si tu avais vu le documentaire de Scorsese, dans lequel on apprend que Bob Dylan a fait scandale quand il s’est mis à la guitare électrique. Penses-tu que le public est plus tolérant désormais ?
Je suis à peu près sûr que les gens n’apprécieraient pas que je change. Dans ce documentaire, de nombreux extraits
proviennent de ce concert où les gens ont commencé à huer Dylan. A mon avis, tout dépend de l’attente du public. Peut-être que peu de gens savaient que son set allait être moitié acoustique, moitié électrique. Tant que tu dis aux gens ce que tu va faire, ils ne peuvent pas le prendre mal puisqu’ils savent à quoi s’attendre. D’un autre côté, je crois qu’on n’est pas entièrement libre de faire ce qu’on veut. Si je me dirigeais vers un autre genre, ce serait sous un autre nom d’artiste ou de groupe, afin qu’ils sachent ce qu’ils vont avoir. L’étiquette “Jose Gonzalez”, c’est une guitare et une voix et c’est tout. Tu trouves que c’est pessimiste ?
Tu tournes beaucoup actuellement. As-tu le temps de composer et d’écrire pour ton prochain album ?
Je me donne pas mal de temps, probablement encore deux ans, car j’écris assez lentement. Si je n’avais pas eu le succès que j’ai rencontré avec “Heartbeats”, la maison de disques serait déjà sur mon dos à l’heure qu’il est, mais il se passe beaucoup de choses, l’album va sortir aux Etats-Unis, donc je n’ai pas trop de pression. Le son qui paraît émerger de ce que je fais actuellement est plutôt répétitif, peut-être parce que j’écoute beaucoup Fela Kuti. Je me suis remis à écouter des musiciens brésiliens comme Joao Gilberto et Vinicius de Moraes. J’ai déjà joué trois nouveaux morceaux lors de la tournée, et deux d’entre eux ont l’air de plaire. En testant mes chansons en concert, je sais si j’ai besoin de les retravailler !
J’ai vu ton set à Top of the Pops l’autre jour, entre les Strokes et Shayne de X-Factor. C’était comment ?
Une expérience très étrange. Lorsque le public s’est mis à agiter les mains, je n’ai pas compris ce qui se passait. A un moment, ils ont voulu applaudir en rythme, mais la fille de la BBC sur le plateau les a fait arrêter car ça aurait été affreux. J’avais déjà participé à un talk-show assez important en Suède, mais jamais à quelque chose d’aussi impressionnant que ça.
Comment gères-tu le grand intérêt que te portent soudain les média ?
J’ai vécu la même situation en Suède il y a deux ans. Cette fois-ci, c’est encore plus impressionnant, mais il y a beaucoup plus de gens de confiance autour de moi, avec qui je peux échanger, des gens qui s’occupent du courrier, des coups de fil, etc. Mais bon, ça reste un peu flippant, c’est sûr.
Göteborg donne l’impression d’être une scène très prolifique. Qui sont les groupes importants là-bas ? Tu es copain avec Jens Lekman, non ?
Le groupe qui influence beaucoup la scène de Göteborg, c’est Soundtrack of our Lives. Ils possèdent un grand studio où pas mal de groupes viennent enregistrer et traîner. J’y vais souvent et j’y ai mon propre local de répétition. Quant à Jens, nous avons fait un concert ensemble et nous sommes restés amis depuis. Nous nous sommes également rendu compte que nous étions allé dans la même école maternelle !! Göteborg est assez petit, mais il y a pas mal de scènes que je connaissais mal, plein de groupes dont je n’avais pas entendu parler. Lorsque on commence à sortir des albums qui marchent commercialement parlant, on commence à croiser les mêmes gens un peu partout où on va.
Grâce la pub Sony, ta musique a atteint un public très large qu’elle n’aurait jamais touché autrement. Et ensuite ?
Oui, j’en suis tout à fait conscient. Il se pourrait bien qu’aucune autre publicité avec une autre de mes chansons ait jamais le même impact. Lorsque je sortirai mon prochain single, il n’atteindra probablement qu’un dixième des gens qui me connaissent par “Heartbeats”. On aura donc peut-être l’impression que j’ai disparu de la circulation, mais en réalité, je serai juste un tout petit peu au-dessus du niveau auquel j’ai débuté.





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