La Blogothèque

Deux garçons

Je suis monté sur mes grands chevaux, il y a quelques jours, face à une bière et à Vincent d’Interprétations Diverses, brocardant un peu trop vertement le weblog Gorilla vs Bear qui ne fait pas toujours, selon moi, assez le tri parmi les groupes qu’il évoque dans ses billets. J’ai été un poil trop violent, car il faut lui reconnaître quelques belles découvertes. Les deux garçons dont je parlerai aujourd’hui, je les ai découverts chez lui.

Sparrow House . Dans les commentaires du billet de Gorilla vs Bear sur Sparrow House, un lecteur évoque les films de Wes Anderson. When I’m Gone ressemble en effet à un mash-up lo-fi entre deux chansons de la B.O. des Royal Tenenbaums : l’arpège est petit frère de celui de These Days de Nico, qui ponctue l’arrivée du personnage de Gwyneth Paltrow à la gare routière. La voix ressemble à celle des premiers enregistrements pauvres et écorchés d’Elliott Smith, à celle de Needle in the hay , bande son du virage tragique du film.

Sparrow House, c’est un seul garçon, c’est plus précisément ce qu’était un garçon : il a un site vide qui mène à un label vide et à une page myspace renvoyant vers le passé. Sparrow House, ce sont deux trois chansons que Jared Van Fleet a composées quand il était à l’école, qu’il se promet depuis de réécrire et de réenregistrer. Entre temps, il participe au groupe Voxtrot, dont on parle bien assez par ailleurs. On est pressé d’entendre de nouvelles oeuvres de sa solitude, parfait exercice d’orthodoxie elliottsmithienne, école dont on ne se lasse jamais. La famille des garçons qui pleurent s’agrandit chaque jour avec bonheur.

Elvis Perkins . Il a huit, neuf chansons et les chante comme s’il en avait cent. Il s’est déjà inventé des naissances majestueuses, et sa voix n’a plus peur de personne, elle peut s’accrocher à rien et remplir l’espace, elle peut être l’arme d’une ivresse arrogante et splendide. Je ne sais pas ce qui m’accroche aux chansons d’Elvis Perkins, qui penchent souvent du mauvais côté de la Dylanerie, si ce n’est sa voix de superbe petit con, une voix qui donne à imaginer un de ces grands nazes qu’au lycée on détestait autant qu’on admirait. Qu’on jalousait, quoi. Putain de petit arrogant, tu réussis à nous faire rire quand t’es bourré, tu parviens même à nous faire croire que tu chiales.