La Blogothèque

A deux ou à plusieurs, c’est mieux

Mieux que le duo, il y a la collaboration, ou pour employer un terme plus charmant, la rencontre. Certes, le duo, recette aussi vieille que la pop, permet tout ou presque, même d’entendre Thom Yorke mélanger sa voix à celles de Björk et PJ Harvey (six ans déjà). Or, sans être passé de mode (les majors aiment beaucoup nous dit Libé ), le duo fait moins recette. Trop restrictif, comme format. A l’image du jazz, qui consomme les unions depuis des lustres (John Coltrane avec Thelonious Monk, Johnny Hartman ou Archie Shepp ; Ella Fitzgerald avec Duke Ellington, ou le fabuleux Money Jungle de Duke Ellington, Charles Mingus et Max Roach, exemples parmi des centaines d’autres), d’autres courants des musiques actuelles se sont réapproprié cette idée depuis, disons, le début de la décennie : associer non pas deux voix mais deux univers. Et le temps d’un album, pas d’un vulgaire single.

Exception faite du fabuleux Hour of two light de Terrry Hall et Mushtaq, paru en 2003, ou de l’enchanteur In the heart of the moon d’Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, le chef d’œuvre se fait attendre. Je veux dire : dans la sphère du rock et ses frères au premier degré. L’un des deux artistes finit toujours, même avec la plus parfaite bonne foi, par tirer le travail commun dans sa direction. Shannon Wright avait fini par dissoudre le classicisme de Yann Tiersen dans sa tension. Calexico et Iron and Wine se sont appuyés l’un sur l’autre sans créer du neuf. The Dominique O project, c’était surtout la voix de Dominique A sur des musiques d’Oslo Telescopic. Sans parler de l’ancêtre Flowers in the dirt , en 1989, qui avait conduit Paul McCartney et Elvis Costello à neutraliser totalement le partenaire, l’un gobant comme une hostie toutes les idées de l’autre (et vice versa) sans la moindre capacité de sens critique.

Comme s’il fallait prouver que ce territoire défriché avait de beaux jours devant lui, ce début d’année 2006 a posé sur nos platines deux associations encore plus frappadingues que les autres sur le papier : Tortoise / Bonnie Prince Billy d’un côté, Lambchop / Hands off Cuba de l’autre. Désigné album du mois par « Magic », la première tentative, The Brave and the bold , a l’intelligence de s’appuyer sur dix chansons que le temps a éprouvé (Thunder Road, Love is love, On my own… ). C’est un disque mémorable, qui ne sonne, en tout cas, comme aucune des formations prises individuellement, ce qui est en soi un vrai pas en avant. Prochaine étape : y aller avec des compos. C’est plus mitigé pour le EP des deux groupes de Nashville. Il n’y a pas grand-chose de commun entre l’univers feutré de Kurt Wagner et les sonorités pointues du collectif qu’il prend ici sous sa coupe. Qu’importe : l’essentiel est ailleurs. Ce disque veut dire que l’esprit d’aventure n’est pas mort et que peut-être bientôt, Stufjan Stevens et les Liars, Arcade Fire et A Silver Mount Zion, Andrew Bird et Paula Frazer tenteront quelque chose ensemble. Ce ne sont que des exemples.