La Blogothèque

Jean-Paul Dessy

Le petit monde de la musique contemporaine “institutionnelle” n’est pas forcément le milieu le plus ouvert aux musiques populaires actuelles, même dans ses manifestations les plus savantes. Le compositeur, violoncelliste et chef d’orchestre belge Jean-Paul Dessy est un peu l’exception à cette règle générale. Né en 1963, il suit un cursus musical classique dans le sérail des grands Conservatoires belges. Il a notamment dirigé l’Orchestre de Chambre de Wallonie avec lequel il a enregistré des oeuvres de Giacinto Scelsi et Witold Lutoslawski , entre autres. Depuis 1997, il est également le directeur artistique de l’Ensemble Musiques Nouvelles, créé par Henri Pousseur .

Tout cela n’aurait pas forcément sa place ici (quoique) si, au cours de sa carrière, Jean-Paul Dessy n’avait pas été amené à collaborer avec des gens tels que Arno , Barbara , Perry Blake , An Pierlé , Divine Comedy , William Sheller , Jimi Tenor , Venus ou encore Scanner , Dj Olive et David Shea . Ces collaborations tout azimuts aves des musiciens pop, rock ou electro semblent avoir eu une influence réelle sur ses compositions et certaines de ses oeuvres sont à tout prendre plus proches d’une forme de post-rock acoustique que de la musique contemporaine au sens où on l’entend généralement. Il n’a notamment pas peur de laisser à ses oeuvres le temps de respirer, il prend le temps de mener à leur terme chacune des idées ou des séquences qui les composent, d’en suivre le rythme interne, quitte à en dire parfois moins sur une durée équivalente que la plupart des compositeurs actuels, pour lesquels la déconstruction rythmique est une voie obligée. Il n’a pas peur également des consonances et ne cherche pas à tout prix une stricte orthodoxie atonale, bien que l’atonalité soit aussi présente dans ses oeuvres. Cela donne au final une musique assez fascinante, que l’on pourrait situer quelque part entre Godspeed You Black Emperor , Fennesz et Ligeti . Pour vous donner une idée plus précise, je vous propose d’écouter The Present’s Presents (11 Mo), créé à Zagreb en 2003 et extrait de ce disque (en tout cas l’année et le label correspondent).

L’expérience m’a montré que c’est une musique qui s’apprécie a priori mieux en concert car les mouvements des musiciens donnent alors des repères visuels qui permettent de mieux comprendre le rapport entre les différentes voix. Sur disque, il faut parfois être un peu plus attentif pour les percevoir mais je pense que la plupart des amateurs de post-rock ou d’electro devraient trouver dans ce morceau des sons et des ambiances qui leur parlent. Ce fut mon cas.

A la semaine prochaine avec, c’est promis, quelque chose de plus léger.