La Blogothèque

Jenny Lewis

En ce début d’année, une avalanche de lauriers va couronner (à juste titre, à peu de choses près) la réussite du 7ème album de Cat Power , The Greatest , qui lorgne du côté de la Soul de Memphis. Je l’apprécie assez mais pourtant, quitte à choisir (même si personne ne me le demande), ma préférence va à un autre disque sorti le même jour mais qui va rester dans son ombre, celui d’une autre muse du rock indé américain, qui tente lui aussi de rompre avec les automatismes : Rabbit Fur Coat , le premier album “solo” de Jenny Lewis (en congés provisoire de son groupe Rilo Kiley mais accompagnée des jumelles Watson), frictionnant sa pop intimiste avec l’alt-country (et donc un disque publié logiquement sur Team Love, le label de Conor Oberst).

La country irriguait déjà en souterrain Take-offs & Landings , le 1er album de Rilo Kiley, et par intermittences les 2 suivants (c’est flagrant sur la chanson titre de More Adventurous ). Voix majestueuse, rythme alangui, atmosphère sudiste, guitare slide , Soul blanche et chœurs gospels (les harmonies vocales des jumelles Watson sont un pur ravissement) : sur Rabbit Fur Coat, Jenny Lewis tape du pied, soulève des nuages de poussières et embrasse un peu plus l’Americana. La joliesse de l’ensemble m’évoque une image bien précise : la scène du film O Brother, Where Art Thou? , des frères Coen, où les 3 bagnards en cavale surprennent sur la berge d’une rivière 3 femmes légèrement vêtues, lavant leur linge et entonnant des chants traditionnels du Sud. Telles 3 sirènes (comme dans L’Odyssée d’Homère que le film adapte avec quelques largesses), leur chant hypnotise et attire les 3 bagnards dans leur giron, proies faciles et consentantes. A leur réveil, les bagnards simplets ne sont plus que deux et verront dans un crapaud adjacent la réincarnation de leur compère John Turturro : ça peut vous rendre sot, le chant des sirènes. Et bien par moments, Rabbit Fur Coat fait le même effet, c’est un enchantement, il rend fervent et béat.

Sans les arrangements pop de Blake Sennett (son compère de Rilo Kiley), les chansons de Jenny Lewis gagne en frontalité mais aussi en précision, entre confessions intimes et histoires plus vraies que nature, interrogant sa foi par ici ou s’affranchissant de son passé d’enfant-actrice par là. C’est aussi l’un des mérites du disque, celui de rappeler les talents hors pairs de parolière de Jenny Lewis, qui lui ont déjà valu les éloges d’Elvis Costello.

You Are What You Love , proclame l’unes des chansons du disque. Alors je suis quelqu’un qui aime beaucoup les chansons de Jenny Lewis.

Bonne écoute.

A la prochaine.