Comment découvre-t-on un nouveau petit culte musical ? Par quel pouvoir un disque inconnu en vient-il à entrer dans l’oreille, à faire que le quotidien se mette en pause et qu’on se trouve surpris par la qualité des vibrations ressenties. Qu’est-ce donc qu’un groupe culte ? Comment est-on initié ?
C’est à ces questions que cet article ne répondra pas, préférant s’intéresser au « il était une fois quatre femmes noires qui mélangèrent le groove et la no wave et furent admirées par les punks ». Il y a toujours une fierté à se sentir défricheur, un malin plaisir à dealer de l’inconnu. Mais à la surprise d’une première écoute, succède le moment de confirmer ses impressions, de trouver des raisons objectives d’avoir voulu ressusciter un groupe. La beauté est alors sommée de se justifier.

Le disque d’ESG, et c’est plus qu’un détail, a une belle pochette Pop. A son verso cinq femmes sourient sur fond bleu et après l’avoir écouté une fois, on a envie de le réentendre comme si de toujours on connaissait cette musique.
Assez ! Dites-vous ! Je n’achèterai pas ce disque ! N’essaye pas de me convaincre ! Pourtant c’est un petit morceau d’histoire musicale que je déterre aujourd’hui. Une musique au son net, coupant, qui est joyeuse dans les voix et fatiguée dans ses airs, un truc honnête sans afféterie, une South Bronx Story.

Formé de quatre sœurs, ESG fut dans le New York des années 80, une anomalie underground, un improbable mix naïf des courants qui allaient dominer : le hip-hop, la house et le punk finissant (pour ses aspects lignes claires, dépouillés). Le groupe vit plusieurs de ces titres être produits par Martin Hannett qui travaillait pour Factory et avait réalisé l’album de Joy Division “Unknown Pleasures” et “Closer” et qui les aida à inventer ce son si particulier, froid et groovy que n’expliquent pas seulement leurs limites.
Curieusement alors que le groupe n’avait pas d’influence punk majeure, il a joué en première partie de Clash, avant de devenir populaire sur les dance-floors grâce au titre “Moody” réussissant ainsi un surprenant cross-over et écrivant l’une de ces belles histoires que le rock, cet éternel capteur d’énergie, sait créer. Quant à l’intro d’”UFO”, elle fut allégrement pillée et samplée, preuve que le groupe avait potentiellement écrit un tube qui ne demandait qu’à rapporter de l’argent à d’autres. Car à l’époque, comme l’écrivit leur manager, être samplé n’apportait qu’une mention en petits caractères au dos de la pochette et ça ne payait pas les factures. Et il est exact qu’au début des années 90, le son de sirène utilisée dans “UFO” fut repris par de très nombreux rappeurs. Malheureusement, leur label avait entre temps fait faillite et ce n’est qu’en 2000 que fut publié “A South Bronx Story”, puis en 2002 “Step off”, deux disques qui ne collaient plus aussi bien à leur époque mais qui avaient conservé leur indéniable originalité tranchante.
Mais s’il faut absolument rapprocher ESG d’autres groupes, c’est probablement à The Go ! Team qu’il ferait penser, mais dans une version allégée, no wave, et uniquement en de rares instants et à défaut de comparaisons sérieuses, on peut également rapprocher ESG de Le Tigre, mais c’est surtout aux visages de ces quatre femmes qui sourient avec un merveilleux amateurisme, à leur pose un peu forcée dans le bonheur, que ce disque renvoie, comme si devaient s’y trouver toutes leurs aspirations de l’époque et qu’il n’est pas très dur d’imaginer pour ces filles de la middle-class de banlieue : S’amuser, vivre, rester fidèle à quelques idées.

ESG a donc écrit une musique qui collait à ses membres, qui leur ressemblait, une musique simple, faite maison, pleine d’une soif de découverte, de volonté et de désir, une histoire éternelle qui raconte que la rue est capable d’inventer des sons qui sonnent vrais.





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