La Blogothèque

Une Nuit de Noel avec George

Il y a eu un peu de confusion, un peu de retard. Ce texte là était prévu pour Noël, Vincent Moon aurait du avoir sa place dans le top. On rattrape tout ça d’un coup, pour la nouvelle année. Bonne année, lecteurs aimés !

Le live. Le live act, la performance, l’explosion scénique. La communion, pour utiliser ce mot galvaudé, parfois la communion même, non pas le recueillement mais le sentiment que la frontière acteur/spectateur s’est soundainement abaissée (Lightning Bolt oui, mais pas seulement).

2005 pour moi ce fut ça, la joie d’aller à des concerts autant que possible, l’accoutumance qu’on y chope, la recherche continuelle d’une extase encore plus grande le soir d’après, la surprise aussi, souvent. Au delà, parfois, l’expérience sonore qui remet en cause toutes les certitudes sur notre rapport à notre propre corps. Enfin, le sentiment profondément troublant que la vie se joue, là.

Je pourrais raconter pendant des heures la joie intense ressentie devant chacun des concerts d’Arcade Fire , le bouleversement des sens qu’occasionna un passage de Carl Stone aux Instants Chavirés, ou l’énergie captée aux lives de Jac Berrocal . J’en ai finalement fait une liste, comme si tout devait, de toute façon et malgré notre horreur des classements, se terminer en liste. En ligne ici.

Mais pour ce qui est des albums… L’album écouté trop rapidement, mangé par les chroniques qui pleuvent, sans arrêt, la découverte biaisée par ce que l’on a déjà entendu dire, de ci de là. L’actualité sied de plus en plus mal à l’écoute des disques, on exige du recul, du temps qui passe, loin de ces hurlements collés au quotidien. Je m’étais d’ailleurs décidé à n’écrire sur la blogo qu’à propos de disques trop légèrement oubliés, mais qui remettent en perspective une histoire ‘officielle’. Mais là, à l’heure donc où l’on sonne le rendu des copies, où chacun y va de sa découverte pertinente et bien placée en haut du classement, j’ai craqué, et je me dois absolument de parler en trois lignes d’un groupe bien parti pour passer à côté de tout, George.

George. Bon. Ok, ils auraient mieux fait de trouver un autre nom, on fait difficilement moins excitant. Et ce nom ne correspond en rien à la douceur, la lumière qui émane de leurs compositions. Je les avais découvert par hasard voilà deux ans, en fouinant sur la toile, à l’époque de la sortie de leur premier album, ‘The Magic Lantern’, chéri pendant un long moment. Une musique dans laquelle on aime se réchauffer, c’était le sentiment gardé, et il est peu de dire que leur second album est la parfaite petite chose à se glisser dans la peau le soir de noël.

‘A week of kindness’ vient de paraître, toujours sur le label Pickled Egg, le label anglais de Leicester, et toujours aussi mal distribué en France,George c’est Michael Varty et Suzy Mangion, de vieux potes comme nous le précise la page du label. Ils jouent chacun de tout ou à peu près, ils chantent tous les deux, ils font au final des petites chansons qui n’ont l’air de rien mais rentrent tranquillement dans notre vie sans plus vouloir la quitter. Ils viennent de Manchester, mais on ne sait où ils trouvent leur inspiration, elle semble s’être envolée bien loin de la grisaille mancunienne. La musique de George est triste, pourtant, mais pas de cette tristesse là – plutôt de la tristesse qui fait lever les bras au ciel et fredonner à tue-tête en serrant fort les corps les uns contre les autres – si tant est que cette tristesse existait avant George.

On pense forcément à Low, la voix de Suzy Mangion n’y étant pas pour rien, on pense à des ballades intemporelles écrites au début de l’autre siècle, on pense à des explorations soniques menées à pied en suivant des petits cailloux oubliés, on pense surtout à une chambre de grands enfants qui survolerait des paysages aventureux et excitants mais qui n’arriverait pourtant à les approcher, juste à les regarder défiler par la fenêtre, la lumière filtrée par les rideaux un peu vieillis. Je n’ai pas grand chose à raconter sur George, pas d’anecdotes stupéfiantes, pas de biographie délirante à dérouler. La magie de George se trouve peut-être là, dans sa sublimation du quotidien, dans sa mélancolie devant un monde agité et magnifique mais dans lequel on sent qu’aucune place ne nous a été gardé. On rit du rire des autres, on s’amuse des joies lointaines, mais on sait bien que, jamais, on n’arrivera à faire semblant comme ils le font si bien. La musique de George, c’est de la musique qui sait très bien que noël cette année, ce sera encore comme l’année dernière ; on fera tout pour épater les autres et les rendre heureux, mais un fin voile presque invisible nous empêchera malgré tout de participer à un monde en fête. ‘A Week of Kindness’, c’est bien mon album de l’année, mon numéro 1 ; en fait le seul que j’aurai vraiment entendu. Joyeux Noël, bonne année, la douce mélancolie partout.