La Blogothèque

Perio prépare le troisième

Une étrange coïncidence. Plusieurs artistes qui avaient gratifié 1999 de grands albums se sont ensuite enfermés dans une longue éclipse, qui – sans être comparée à celle de Vashti Bunyan, restée 35 ans à la campagne – s’est à peine refermée cette année. Prenez Fiona Apple : six ans entre “When the pawn” et “Extraordinary machine” . Deus : autant entre “The ideal crash” et “Pocket revolution” . Emiliana Torrini, qui a su méditer en longueur le son faussement indie et vachement FM de son entrée en lice, pour revenir cette année avec un beau “Fisherman’s Woman “. PERIO , dont ils sera ici question, aura poussé l’attente jusqu’au septennat quand paraîtra, en 2006, son troisième album. “Medium Crash “, paru lui aussi au printemps 1999, parfait disque de folk, de pop, de rock arrangé et de relations franco-américaines au beau fixe, “Medium crash ” donc, était encore un souvenir émouvant d’années étudiantes quand vint, par un heureux hasard, l’info de la gestation d’un successeur.

Entrée chez le disquaire. Les yeux furètent et s’arrêtent sur un objet sortant du traditionnel format 12×12. Une pochette haute, un visuel archi-épuré, et ce nom familier, “PERIO”, pour chapeauter un 10-titres au prix tout doux. Il faut s’assurer auprès du patron qu’il n’y a pas confusion, et l’acte de vente est signé aussi sec. L’écoute étonne. C’est bon signe. La facture des morceaux et l’écriture ne sont pas encore en cause. Il y a bien la patte Perio mais il n’y a pas ce son clair et profond qui avait mis en valeur toute la richesse de “Medium crash ” :ça sonne comme une démo, le disque n’est référencé nulle part, et le mystère n’a pas vraiment désenflé.

Faute d’avoir causé avec le disquaire, décision est prise d’aller à la source pour en savoir plus sur cet objet gratifié de cette signature mythique qui devait, si nos infos étaient fiables, avoir disparu : Lithium ©2005. 48 heures après l’envoi d’un mail à l’adresse du groupe, le guitariste, chanteur et leader Eric Deleporte nous explique qu’il s’agit d’une disque tiré à 15 exemplaires, destiné à renseigner les fans impatients sur la couleur de l’oeuvre à venir. Démarche singulière, courageuse, probablement inédite (quand un disque sort en advance avant la fin du mixage, c’est souvent à l’insu du plein gré de beaucoup de monde…), sur laquelle l’intéressé a accepté de revenir pour la Blogothèque. Quand il dit “nous”, Eric inclut sa partenaire Sarah Froning, l’autre moitié du groupe (ah, “Lopsided ” et “Sunday Painter “…), avec qui il se trouve à Paris depuis le début de l’année 2004 après une longue période passée aux Etats-Unis. Et moi, je suis incapable de vous dire si Ground Zéro et French Touche ont encore des démos à vendre…

Vous avez sorti cet automne “The Roosevelt Resort Demo 2005”, un recueil de démos, à 15 exemplaires seulement. Pouvez-vous nous expliquer la démarche ?

Ce sont des mises à plat de morceaux en cours de mixage que l’on a mis à la disposition de quelques fans nous demandant où en était le troisième album.

Beaucoup d’artistes n’auraient pas pris le risque de livrer ainsi un work in progress

Cela ne nous dérange pas. On est constamment dans le work in progress . De plus, un pojet musical (album, concerts, spectacles ou autre) n’est jamais vraiment fini.

Le nouvel album paraîtra en 2006, sept ans après “Medium crash “. Pourquoi un délai si long ?

PERIO n’est pas notre activité principale. Pour ma part je suis graphiste freelance et Sarah travaille sur son projet de doctorat en anthropologie (elle commence l’écriture de sa thèse). Notre label Lithium n’existant plus, nous avons dû trouver le financement pour enregister quelques titres, faire des envois pour intérésser de nouveaux labels. Déménager de New York à Chicago puis de Chicago à Paris, sept ans, ça passe vite.

Avez-vous un calendrier en tête pour l’année qui vient (album, concerts…) ?

Finir l’album dans un premier temps, ensuite on verra.

La voix de Sarah est très en retrait sur la demo. C’est aussi l’idée pour l’album ?

Oui. Je mène le projet presque seul à présent. Sarah est trop prise avec l’écriture de son doctorat qu’elle a commencé juste après la tournée de “Medium Crash ” fin 1999 début 2000. Elle n’a pas le temps de tout faire. Elle est intervenue plus en guest .

Dans votre processus créatif, qu’est-ce qui fait qu’une chanson est une “Deleporte”, une “Froning” ou une “Deleporte/Froning” (crédits figurant sur “Medium Crash” )?

J’écris en gros 80% des musiques et des textes. Sarah a composé et écrit deux titres sur le premier album “Icy Morning In Paris ” (“Digging ” et “Home To You “, en 1994) puis deux titres sur “Medium Crash ” (“Enemies For Life ” et “Color Me Human” ). Quand la chanson est signée “Deleporte/Froning” : j’apporte les musiques à Sarah puis elle travaille le texte. On laisse aussi beaucoup d’espace aux personnes qui travaillent avec nous.

La disparition de Lithium a-t-elle affecté votre travail ?

Le label existe toujours – il est en sommeil…

PERIO n’étant pas le fil rouge de votre évolution musicale, vous avez participé à différents projets ces dernières années…

Sarah a travaillé avec Cosmo Vitteli. J’ai pour ma part travaillé avec Darren Richard du groupe Pinetop Seven puis avec Mick Turner (Dirty Three) sur des chansons de PERIO. Nous avons écris une chanson pour Françoiz Breut. Depuis notre retour à Paris, j’ai accompagné Pierre Bondu sur ses tournées comme guitariste et bassiste sur une trentaine de dates. J’ai également fait des sessions de studio pour des artistes de label Microbe.

Quels concerts ou collaborations vous ont marqués pendant cette période ?

Deux concerts : Wilco au Riviera à Chicago en 2002. Dälek à l’Empty Bottle, toujours à Chicago en 2001. Une collaboration : Mick Turner et Jim White (Dirty Three et lineup de Cat Power sur son album “Moon Pix “) jouant un titre de PERIO dans l’appartement de Mick.

Par quelles musiques et quels albums avez-vous été attirés pendant cette période ?

The Anthology Of American Folk Music” édité par Harry Smith. L’album “Skyscraper N47ational Park” par l’artiste canadien Hayden.

A quel succès aspirez-vous ? Quel regard portez-vous sur la reconnaissance dont vous bénéficiez ?

“La reconnaissance dont nous bénéficions” : merci pour la phrase, le compliment, mais on a pas l’impression d’être reconnu. Peu de personne connaisse PERIO. On est un groupe fantôme. On existe sans exister. On aspire à un grand succès – oui – et la réalisation de musiques, bandes sons, pour des films, spectacles, expos ou autre nous intéresse vraiment. Il y a des projets en cours d’ailleurs…