La Blogothèque

The Knife

Depuis quelques semaines, les statistiques des visites à la Blogothèque en témoignent, une véritable frénésie s’est emparée des amateurs de musique. Elle a pour objet une publicité télévisée dont la bande-son est la reprise d’une chanson du duo suédois The Knife , Heartbeats . Son interprète, José González applique à la lettre une recette maintes fois éprouvée. Prendre une chanson pop, la dévêtir de tous ses oripeaux synthétiques, en extraire la substantifique moëlle mélodique, en ralentir le rythme et la chanter sur un accompagnement acoustique dépouillé et de bon goût avec une voix de dépressif chronique. Les mp3-blogs fourmillent de ces reprises effectuées par des groupes plus (Coldplay , Elbow ) ou moins (Vinz ) connus. Dans certains (rares) cas, ces nouvelles versions obtiennent un succès plus grand que les originaux. Ainsi, la reprise de Mad World (Tears for Fears ) par Gary Jules sur la bande originale de Donnie Darko a été un des singles les plus vendus en Grande-Bretagne en 2003. Certains artistes font même carrière dans ce type de détournement musical. Mark Kozelek (Sun Kil Moon , Red House Painters ) a enregistré un album de reprises de AC/DC et, plus récemment, un autre de Modest Mouse . Sylvain Chauveau vient quant à lui de sortir un album ne contenant que des reprises de Depeche Mode , etc..

La question de savoir à qui il faut imputer le succès (ou l’échec) de telles reprises est complexe : la composition ou l’interprétation, la chanson originale ou son adaptation ? Il n’existe pas de réponses simples à ces questions mais je suis souvent amusé (et parfois légèrement irrité je l’avoue) de voir des gens s’enflammer pour la reprise acoustique d’une chanson à laquelle ils n’auraient jamais accordé une oreille dans sa version originale. Je profiterai donc de la vague José González pour tenter de rendre à The Knife ce qui appartient à The Knife.

Heartbeats est le morceau d’ouverture de leur deuxième album Deep Cuts (2004), sur lequel Olof et Karin Dreijer (qui sont frère et soeur) déploient une électro-pop ludique et mélodique et alternent rythmiques élémentaires (Is it Medicine ou Listen Now , aux frontières de la techno de discothèque) et miniatures plus élaborées (Pass This On , One for you ). Le résultat est dans l’ensemble assez jubilatoire. Deux morceaux s’éloignent quelque peu de cette tonalité générale : Rock Classics , qui évoque l’ambiance des cabarets décadents dans le Berlin des années 20 (ou à tout le moins l’idée que je m’en fais), et Behind the Bushes , qui semble n’attendre que le bon vouloir de Dario Argento pour devenir la musique d’un film.

Aficionados de José González, allez-vous mordre à l’hameçon et reconnaître à The Knife une part de responsabilité dans l’émotion qui vous étreint en écoutant la reprise (que vous pouvez par ailleurs toujours trouver ici), ou bien attribuer l’entièreté du mérite au seul José González , qui a su métamorphoser une chanson sans intérêt en complainte sublime ? Le suspense est total.

A la semaine prochaine.