La Blogothèque

65daysofstatic

Les plus fidèles lecteurs de la Blogothèque se souviennent peut-être d’un billet consacré il y a plus d’un an au groupe anglais 65daysofstatic , dont un 1er album bien nommé (The Fall of Math ) opérait une collision entre le post-rock de Mogwai et les glitchs d’Aphex Twin, disque prometteur auquel le groupe vient donc de donner un successeur, l’énigmatique One Time For All Time , pensé comme un EP à l’entrée du studio puis métamorphosé en mini-album à la sortie (9 titres, 38 minutes), un opus de transition qui poursuit le travail de sape entamé mais en plus agressif, plus sombre et plus implacable, et dont l’écoute, à force d’assauts soniques incessants ou de concassages paranoïaques de pulsations jungle sur des structures post-rock, devient quasiment une expérience viscérale, une mise à l’épreuve, un long périple tendu et tourmenté jusque dans ses rares respirations et mentalement épuisant, dont l’effet qu’il provoque ressemble parfois à celui d’avoir la tête coincée dans un tiroir-caisse ou dans un tambour de machine à laver devenu fou, la psyché se faisant laminer à coups de marteaux piqueurs toujours plus rapides et plus soutenus, une psyché éreintée par une rythmique hybride qui vous étire, vous compacte, vous étouffe, vous malaxe, vous siphonne jusqu’à la dernière goutte de lucidité pour vous mener au bord de la rupture caractéristique d’un état second hallucinatoire où tous les titres abscons des morceaux de l’album finissent par prendre une nouvelle signification, que ce soit Await Rescue (oui, à l’aide), Drove Through Ghosts To Get Here (effectivement le parcours du combattant est hanté) ou encore 65 Doesn’t Understand You (c’est parfois réciproque), autant d’épreuves parfois foudroyantes, parfois exaspérantes mais qui mènent à la récompense suprême située à la fin de l’album, avec le meilleur morceau du groupe à ce jour, Radio Protector (qui n’y passera jamais, à la radio, c’est certain), dissonance schizophrénique déglinguée et belle à pleurer, complainte magnifique et désespérée à vous fendre l’âme en deux, perle noire déchirante, point final qui enfonce le clou une dernière fois, une bonne fois pour toutes.